Folia Veterinaria

Le blocage de l'oestrus chez les furettes

datum publicatie: 15-10-2010
Espèce cible
furet
Indication
contraception des femelles
Substance active
médroxyprogestérone acétate
proligestone
desloréline
gonadotropine chorionique humaine hCG
Sujets
Contraception
Reproduction

La furette est un animal à polyœstrus saisonnier. La période d’œstrus des furettes commence entre les mois de mars et d’avril, en fonction du climat. La saison de reproduction se termine à la fin du mois d’août ou de septembre. Etant donné que les vagues successives de croissance et d’atrésie folliculaire se chevauchent et que l’ovulation est induite par la copulation, les furettes non saillies présentent un oestrus continu durant toute la saison de reproduction. Les taux accrus d’oestradiol plasmatique induisent à terme une alopécie bilatérale et une dépression médullaire. A plus long terme, ils provoquent de l’anémie, des troubles de la coagulation et un affaiblissement général. Les furettes qui sont gardées comme animaux de compagnie et que les propriétaires ne souhaitent pas utiliser pour l’élevage, sont donc souvent stérilisées afin d’éviter les conséquences négatives de l’hyperoestrogénisme. La stérilisation étant associée, tout comme la castration des furets, à une incidence accrue d’hyperadrénocorticisme (2), on recherche des méthodes sûres et fiables pour éviter l’oestrus.

Le présent article propose un résumé des résultats d’une étude au cours de laquelle les effets de quatre traitements visant au blocage de l’oestrus chez les furettes ont été comparés (1).

L’étude a évalué l’efficacité (durée du blocage ovarien), la réversibilité (fertilité au prochain oestrus) et l’innocuité (effets indésirables tels qu’alopécie et détérioration de l’état général) de l’acétate de médroxyprogestérone (AMP 15 mg, sc) 1, de la proligestone (P 40 mg, sc) 2 et de l’implant de GnRH à libération prolongée (désloreline) 3 administrés avant la saison de reproduction, ainsi que de l’hormone chorionique gonadotrope humaine (hCG 10 UI, sc) 4 administrée en période d’oestrus. Un certain nombre d’animaux n’ont pas été traités et ont été saillis durant l’oestrus au printemps et en été. L’étude incluait 25 animaux qui ont été randomisés entre les 5 groupes et examinés 2 fois par jour pour dépister les signes d’oestrus, tandis que l’activité ovarienne était contrôlée à partir d’un métabolite de la progestérone excrété par les fèces (P4-met). Ce dernier examen était effectué 2 fois par semaine. Des taux accrus de P4-met (> 500 ng/g) étaient considérés comme la preuve d’une activité lutéale. Dès l’instant où les animaux présentaient des signes d’oestrus après le traitement (à l’exception de l’oestrus se manifestant peu de temps après l’administration de l’implant), ils étaient saillis.

Dans cette étude, l’activité ovarienne était retardée de 3 à 5 mois en raison du traitement avec des gestagènes à longue durée d’action (94 +/- 18 jours avec l’AMP et 99 +/- 40 jours avec la proligestone). Les animaux n’entraient donc dans leur premier oestrus qu’en été. Dans l’étude, les animaux étaient traités relativement tôt (mi-février), c’est à dire longtemps avant le début de la période de reproduction (mars, avril). Si le traitement était instauré un peu plus tard (fin mars), on pourrait selon les auteurs éviter l’apparition de l’oestrus lors de la saison de reproduction suivante. Ceci vaut en premier lieu pour les furettes vivant dehors et donc exposées à la lumière naturelle. L’étude n’a pas envisagé le cas des furettes qui sont exposées à une lumière artificielle de manière prolongée.

Cinquante-trois (+/- 9) jours après le traitement, les animaux traités par l’hCG présentaient les premiers signes d’oestrus. Ce traitement, qui peut également être utilisé dans la prévention de l’hyperoestrogénisme chez les animaux en oestrus prolongé, semble donc moins approprié pour le blocage prolongé de l’oestrus. L’hCG provoque une lutéolyse des follicules mûrs, sans entraver la croissance folliculaire elle-même.

Le traitement avec l’implant à base de desloréline induisait la plus longue période de blocage de l’oestrus (23 +/- 4 mois). Si ce traitement était instauré au printemps, il pourrait bloquer l’oestrus durant deux saisons de reproduction successives.

La fertilité des animaux lors du premier oestrus suivant le traitement aux progestagènes ou à l’hCG ne différait pas de la fertilité des animaux non traités, lorsque l’on comparait avec la fertilité en période d’oestrus ‘estival’, c’est-à-dire l’oestrus suivant la première gestation ou pseudo-gestation. Les animaux issus du groupe traité par la GnRH n’étaient pas fertiles lors du premier oestrus suivant le traitement, mais retrouvaient une fertilité normale lors de l’oestrus suivant.

Le traitement avec les deux gestagènes a induit une alopécie progressive chez 1 animal dans chaque groupe de 5 furettes. L’animal issu du groupe traité par l’AMP était plus gravement atteint et son état général était également plus mauvais. La gestation de cet animal a abouti à un avortement qui était associé à des pertes vaginales purulentes et de la fièvre. La proligestone avait un meilleur profil d’innocuité dans cette étude. Cette substance est par ailleurs commercialisée au Royaume-Uni dans la prévention de l’hyperoestrogénisme chez les furets 5. Les animaux issus du groupe traité par la GnRH étaient atteints d’une légère alopécie au niveau de la queue, qui disparaissait spontanément après 6 mois environ. On n’a pas pu découvrir l’origine de cette alopécie. Les investigateurs renvoient à une étude menée par Schoemaker et al.(3), dans laquelle cette méthode de traitement est considérée comme une alternative efficace et inoffensive à la castration chirurgicale des furets. On n’a pas constaté d’effets indésirables dans le groupe traité par l’hCG.

Conclusion

Tenant compte du nombre réduit d’animaux étudiés, on peut conclure avec prudence que ces quatre méthodes de traitement sont efficaces dans le blocage réversible de l’oestrus chez les furettes. Etant donné sa durée d’action plus courte, le traitement à l’hCG est moins adapté dans la pratique que les traitements à base de progestagènes et de GnRH. Les traitements à la proligestone et à la GnRH ont le moins d’effets indésirables. Le traitement à la GnRH induit le plus long blocage de l’oestrus.


  1. DepoPromone (Pharmacia&Upjohn)
  2. Covinan (Intervet International)
  3. Deslorelin (Implant Peptech A.H.). L’implant Deslorelin était injecté, sous anesthésie de courte durée, par voie SC sous la peau du cou.
  4. Choriogonin (Richter Gedeon)
  5. Delvosteron (Intervet UK Ltd)

Références
  1. Proháczik A, Kulcsár M, Trigg T, Driancourt MA, Huszenicza G. Comparison of four treatments to suppress ovarian activity in ferrets (Mustela putorius furo). Vet Rec. 2010 Jan 16;166(3):74-8.
  2. Schoemaker NJ, Schuurmans M, Moorman H, Lumeij JT 2000 Correlation between age at neutering and age at onset of hyperadrenocorticism in ferrets. J Am Vet Med Assoc 216:195-197
  3. Schoemaker NJ, van Deijk R, Muijlaert B, Kik MJ, Kuijten AM, de Jong FH, Trigg TE, Kruitwagen CL, Mol JA. Use of a gonadotropin releasing hormone agonist implant as an alternative for surgical castration in male ferrets (Mustela putorius furo). Theriogenology. 2008 Jul 15;70(2):161-7. Epub 2008 Apr 25.