L’EMA a publié début décembre son deuxième rapport annuel "European Sales and Use of Antimicrobials for Veterinary Medicine" (ESUAvet) (1) sur les ventes d’antimicrobiens vétérinaires dans l’UE, en Islande et en Norvège.
En 2024, 98,5% du nombre total de tonnes d’antimicrobiens vétérinaires vendues concernaient les animaux producteurs de denrées alimentaires. Les 1,5% restants concernaient les animaux non producteurs de denrées. Voir aussi Figures 1 et 2.
En tenant compte de la taille du cheptel, cela correspond à 46,1 mg/kg de biomasse animale pour les animaux producteurs de denrées (35,1 mg/kg en Belgique). Les ventes ont augmenté de 5,1% par rapport à 2023 sans modification significative de la biomasse totale. Après la tendance à la baisse de la période 2010-2022, il s’agit d’une augmentation pour la deuxième année consécutive
Selon l’EMA, une analyse pluriannuelle est nécessaire pour déterminer s’il s’agit d’une nouvelle tendance à la hausse ou d’un pic temporaire, causé par exemple par la constitution de stocks, l’apparition de maladies ou des changements dans la population animale.

Figure 1 : Chiffres de vente dans l’UE des antimicrobiens vétérinaires pour les animaux producteurs de denrées et composition du cheptel européen en 2024 (source : ESUAvet Antimicrobial Sales Dashboard* (consulté le 10/12/2025)).
Tout comme en 2023, la majeure partie de ces médicaments ont été achetés pour des traitements de groupe (86,0%). Les pénicillines (34,2%), les tétracyclines (22,0%) et les macrolides (9,2%) sont les molécules les plus vendues pour les animaux producteurs de denrées. La vente d’antibiotiques d’importance critique pour l’homme (fluoroquinolones, céphalosporines de 3ème et 4ème générations et polymyxines) atteignent 6,0% (en mg/kg de biomasse) chez les animaux producteurs de denrées dans l’UE. En Belgique, ces antibiotiques représentent environ 2% des ventes totales.
En 2024, les ventes d’antimicrobiens vétérinaires atteignaient 34,3 mg/kg de biomasse pour les animaux non producteurs de denrées (47,9 mg/kg en Belgique), à savoir principalement les chiens et chats (97,9%) et les animaux élevés pour leur fourrure (2,1%). Les chiffres de vente ont baissé de 8,2% par rapport à 2023. Les pénicillines (48,4%), les céphalosporines de 1ère et 2ème génération (16,9%) et les imidazoles (12,9%) étaient les plus vendus, principalement sous forme de comprimés (91,5%).

Figure 2 : Chiffres de vente dans l’UE des antimicrobiens vétérinaires pour les animaux non producteurs de denrées et composition de ce groupe en Europe en 2024 (source : ESUAvet Antimicrobial Sales Dashboard* (consulté le 10/12/2025)).
Pour la deuxième année consécutive, l’utilisation par espèce cible a aussi été analysée pour les bovins, les porcs, les poules et les dindes. Ces données sont encore incomplètes mais formeront, à terme, une base pour le développement de mesures ciblées et cohérentes pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens.
L’UE ambitionne de diminuer les ventes d’antimicrobiens vétérinaires de 50% d’ici 2030, par rapport aux ventes européennes en 2018. En 2024, on enregistrait une diminution de 24,3% depuis 2018. Comme indiqué précédemment, il faudra voir si la hausse actuelle des ventes marque le début d'une tendance négative et si l'objectif fixé pour 2030 est réaliste.
Ce deuxième rapport ESUAvet dresse un état des lieux de notre lutte contre la résistance aux antimicrobiens et indique les éléments à améliorer. Le rôle du vétérinaire n’en deviendra que plus important dans les années à venir, aussi bien pour l’enregistrement de données précises par espèce cible que pour l’application des différentes mesures destinées à freiner le développement de résistances.
*L’EMA a lancé un nouveau tableau de bord interactif qui permet de consulter les chiffres de vente des antimicrobiens vétérinaires dans l’UE.
Source : EMA-News 9 december 2025