Folia Veterinaria

Des experts européens partagent leur expérience pratique sur l’utilisation du Strangvac

datum publicatie: 28-02-2025
Espèce cible
cheval non prod d'aliments
cheval prod de lait
Indication
Vaccination contre la gourme
Substance active
Streptococcus equi - la gourme
Sujets
Vaccination
Gourme
EBM

En résumé

La gourme est une infection bactérienne très contagieuse et redoutée chez les chevaux. Elle est causée par Streptococcus equi subspecies equi, présent dans le monde entier. La sous-unité du vaccin Strangvac contre la gourme réduit les signes cliniques mais ne prévient pas l’infection ou la transmission. Avec ce vaccin, les chevaux infectés peuvent être différenciés des chevaux vaccinés.

Dans une revue récente, des experts partagent leur expérience pratique sur l’utilisation de ce vaccin et font les recommandations suivantes (Rendle D., 2025) :

  • Vacciner tous les chevaux ou, au moins, tous les chevaux à risque (dans les écuries avec de jeunes chevaux ou ayant beaucoup de contacts avec des chevaux « étrangers »).
  • La primovaccination (2 x 1 dose à 4 semaines d’intervalle) peut être suivie par un rappel tous les 6 à 12 mois (selon les risques).
  • En cas d’apparition de la maladie :
    • Vacciner tous les chevaux sains.
    • Isoler les chevaux malades et suspects (qui ont été en contact avec des animaux malades).
      • Vacciner les chevaux suspects uniquement s’ils ne sont toujours pas malades après 2 semaines.
      • Vacciner les chevaux malades 3 mois après leur rétablissement.
  • La vaccination des juments gestantes est déconseillée dans la notice mais ne pose pas de problème selon les experts.
  • Les poulains peuvent être vaccinés en toute sécurité à partir de l’âge de 5-8 mois, en tenant compte de l’immunité maternelle.
  • Les nouveaux chevaux doivent être mis en quarantaine (min 3 semaines) malgré un examen sérologique ou une vaccination.
  • Il n’y a pas de preuve que le Strangvac protège contre les infections à Streptococcus zooepidemicus.
  • Les effets indésirables sont fréquents mais sont la plupart du temps légers et transitoires (réactions locales, fièvre).
  • Il n’est pas recommandé d’utiliser des AINS pour éviter les effets indésirables consécutifs à la vaccination.

Les auteurs basent leurs recommandations sur des études de terrain non publiées, des opinions d’experts et quelques études de challenge avec le vaccin publiées. Malgré le manque de preuves scientifiques solides, ils offrent au vétérinaire des informations pratiques sur l’utilisation du Strangvac dans des situations qui ne sont pas reprises dans la notice.

Indépendamment de la vaccination, des mesures de biosécurité strictes doivent être maintenues afin d’éviter l’introduction et la propagation de cette bactérie.

Introduction

Le Strangvac est disponible en Belgique pour la vaccination des chevaux contre la gourme, une maladie très coontagieuse et redoutée (Streptococcus equi subspecies equi).

A l’aide de neuf Q&R, Rendle et al. (2025) décrivent l’utilisation du Strangvac dans la pratique. Ils basent leurs réponses sur des études de terrain non publiées, leur expérience personnelle et quelques études de challenge expérimentales publiées. Les preuves sont donc limitées.

Malgré ces limites, la revue de Rendle et al. (2025) contribue au bon usage de ce vaccin dans des situations non décrites dans la notice.

A côté de la vaccination, des mesures de biosécurité strictes restent essentielles pour éviter l’introduction et la propagation de ce pathogène. De plus amples informations sont disponibles dans cette ligne directrice sur la gourme (Boyle A.G., 2018).

Rendle et al. (2025) répondent aux questions suivantes

Quels chevaux vacciner avec le Strangvac ?

Etant donné le risque d’infection réel, la morbidité élevée avec mortalité relativement élevée (jusqu’à 10%) et les conséquences graves pour l’élevage en cas d’apparition de la maladie, tous les chevaux devraient idéalement être vaccinés afin de réduire les risques d’infection et de transmission. Cela étant difficilement réalisable, il faut au moins vacciner les chevaux à haut risque.
Selon les auteurs, il s’agit des chevaux :

  • Dans les élevages où arrivent souvent de nouveaux chevaux.
  • Dans les élevages où sont gardés les chevaux de différents propriétaires.
  • Dans les élevages avec des poulains et de jeunes chevaux (< 5 ans).
  • Dans les élevages où l’apparition de la maladie a de graves conséquences commerciales.
  • Dans les élevages où la biosécurité n’est pas optimale.
  • Qui participent souvent à des concours.

 

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Selon le RCP/notice, le Strangvac est un vaccin pour « réduire les signes cliniques de la maladie au stade aigu de l’infection. Les chevaux vaccinés peuvent être infectés et excréter S. equi ». La vaccination est donc une mesure de prévention importante mais ne peut se substituer à des mesures de biosécurité strictes.

Les auteurs basent cette recommandation sur des principes de vaccination et de biosécurité, comme ceux décrits précédemment dans cette ligne directrice sur la gourme (Boyle A.G., 2018). Ces derniers consistent au minimum en une période de quarantaine et un examen de tous les nouveaux arrivants de l’élevage, la désinfection et le nettoyage appropriés du matériel potentiellement contaminé et l’information des propriétaires/responsables des animaux quant aux mesures d’hygiène adéquates.

Quel est le schéma de vaccination recommandé pour le Strangvac ?

Le RCP/notice du Strangvac recommande, en cas de risque élevé, de répéter la primovaccination (2 doses à 4 semaines d’intervalle) tous les 2 mois.

Selon Rendle et al. (2025), c’est la plupart du temps irréaliste et ils proposent, sur base d’études de challenge expérimentales avec le Strangvac (Robinson C, 2020), un schéma plus pragmatique : une primovaccination (2 x 1 dose à 4 semaines d’intervalle) suivie d’un rappel (1 dose) tous les 6 à 12 mois. Selon le risque, cet intervalle peut être raccourci jusqu’à 3 mois en cas de risque très élevé.

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Selon le RCP/notice du Strangvac, il n’y a pas de données sur l’immunité clinique après les rappels.

Les auteurs basent leur recommandation sur des études de challenge expérimentales avec le Strangvac, revues par les pairs. Cette étude a été financée par Intervacc AB, le titulaire d’autorisation du Strangvac (Robinson C, 2020). Les études montrent que les rappels administrés 13, 26 ou 52 semaines après la primovaccination induisaient chaque fois une production d’anticorps dans le sérum et les sécrétions nasales similaire à celle consécutive à la 2ème dose vaccinale. Ces études n’ont évalué l’immunité clinique que 2 mois après la primovaccination.

Vous pouvez envisager une revaccination en fonction du risque infectieux estimé et du moment de la primovaccination ou du dernier rappel. Par exemple, à l’arrivée imminente d’un nouveau cheval dans l’élevage (voir aussi question 7), en cas d’apparition de la maladie, de participation à un concours ou à d’autres événements où des chevaux d’origine différente sont rassemblés.

Le Strangvac peut-il être utilisé en cas d’apparition de la maladie ?

Les auteurs conseillent, en cas d’apparition de la maladie, d’isoler les chevaux malades ou suspects des chevaux sains et de vacciner ou revacciner ces derniers le plus vite possible (voir Figure 1). Les chevaux suspects sont ceux qui ont été en contact avec des chevaux malades mais qui n’ont pas (encore) de symptômes.

On peut supposer que les chevaux qui ont déjà reçu une primovaccination dans le passé bâtiront plus rapidement une immunité protectrice après un rappel.

La température des animaux suspects doit être prise quotidiennement. Ils pourront être vaccinés s’ils ne montrent pas de symptômes pendant au moins 2 semaines. Les animaux malades seront vaccinés de préférence 3 mois après leur rétablissement (voir Figure 1).

Une revaccination plus précoce des chevaux malades a conduit, dans quelques cas, à plus d’effets indésirables. Bien qu’une vaccination accidentelle de chevaux atteints d’infections purulentes chroniques des poches gutturales n’ait pas retardé leur rétablissement, il n’y a actuellement aucune preuve suggérant que la vaccination faciliterait la guérison de ces chevaux. Ces constatations se basent sur des cas anecdotiques et des données non publiées.

Le système tricolore (R-A-G system) désigne les chevaux qui doivent être vaccinés en cas d’apparition de la maladie (d’après Rendle et al., 2025).

Figure 1 : Le système tricolore (R-A-G system) désigne les chevaux qui doivent être vaccinés en cas d’apparition de la maladie (d’après Rendle et al., 2025).

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Cette recommandation se base sur des études de terrain non publiées et l’expérience d’experts collectée lors d’apparitions de la maladie.

Comme mentionné précédemment, les chevaux qui reçoivent un rappel dans les 52 semaines après leur primovaccination auront une production d’anticorps similaire à celle consécutive à la 2ème dose de la primovaccination (Robinson C, 2020).

Le RCP/notice mentionne que le vaccin peut être administré uniquement aux animaux en bonne santé et qu’il n’y a pas d’informations disponibles sur la vaccination des animaux porteurs ou séropositifs.

Comme le soulignent les auteurs, plus d’études portant sur l’influence de la vaccination sur le rétablissement des chevaux atteints d’une infection purulente des poches gutturales, sont nécessaires.

Malgré cette preuve moins robuste, le système tricolore de la Figure 1 offre des indications sur la vaccination afin de limiter les infections en cas d’apparition de la maladie.

Cette ligne directrice sur la gourme fournit de plus amples informations sur le diagnostic et les mesures de biosécurité (Boyle A.G., 2018).

Les juments gestantes peuvent-elles être vaccinées ?

Les anticorps maternels peuvent protéger le poulain contre la gourme. Selon les auteurs, il n’y a pas de raison de supposer que la gestation et la lactation entraîneraient plus d’effets indésirables et, selon eux, des juments gestantes ont déjà été vaccinées (voir question 8).

La vaccination de 73 juments de reproduction en bonne santé contre la gourme, simultanément avec une vaccination contre la grippe, le tétanos et l’herpès virus équin, n’a pas entraîné d’effets indésirables selon Rendle et al. (2025) (information non publiée).

Afin de protéger les poulains de juments non vaccinées de manière aussi optimale que possible, les auteurs conseillent de vacciner les juments à 5, 6 et 9 mois de gestation et d’administrer un rappel aux juments déjà vaccinées au moins 1 mois avant la fin de la gestation. La vaccination pendant le premier trimestre est déconseillée en raison du risque de pyrexie après la vaccination.

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La vaccination des juments gestantes et de reproduction est considérée comme sûre sur base d’opinions d’experts et de données non publiées mais des études scientifiques sur le Strangvac manquent.

Le RCP/notice du Strangvac déconseille l’utilisation du vaccin en cas de gestation ou de lactation (mais ne les mentionne pas comme contre-indication) et indique que son utilisation chez les animaux de reproduction doit être basée sur l’analyse bénéfices/risques du vétérinaire traitant.

En fonction de l’analyse bénéfices/risques, vous pouvez (re)vacciner les juments de reproduction avant la gestation. En cas de risque élevé (ex. apparition de la maladie), vous pouvez, en concertation avec le propriétaire, considérer de vacciner les juments gestantes non vaccinées selon le schéma de vaccination de Rendle et al. (2025) car cela n’est pas mentionné explicitement comme contre-indication.

Quand vacciner les poulains ?

Selon la notice du Strangvac, la vaccination des poulains est indiquée à partir de l’âge de 5 mois au Royaume-Uni et à partir de l’âge de 8 mois dans l’UE. Chez poulains plus jeunes, il y a plus de risques que les anticorps maternels interfèrent avec les antigènes vaccinaux.

En se basant sur les observations de terrain de haras suédois, les auteurs conseillent de combiner la vaccination contre la gourme chez les poulains avec celle contre la grippe, le tétanos et l’herpèsvirus équin. Selon eux, cela permettra de réduire les coûts pour le propriétaire et d’augmenter le taux de vaccination.

La protection des poulains via la vaccination des juments est conseillée en cas de risque élevé (voir question 4).

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Le RCP/notice indique : « Aucune information n’est disponible sur l’utilisation du vaccin chez des animaux séropositifs, y compris ceux ayant des anticorps d’origine maternelle » et « Les tests réalisés sur le vaccin ont montré qu’il peut être utilisé sans risque pour les chevaux dès l’âge de 5 mois ».

Le vaccin est donc sûr pour les poulains âgés de 5 à 8 mois mais l’efficacité n’a pas été étudiée pour ce groupe d’âge.

Le Strangvac protège-t-il des infections à Streptococcus zooepidemicus ?

Selon les auteurs, il a déjà été mentionné que ce vaccin serait utilisé dans la pratique pour protéger les chevaux contre les infections à Streptococcus zooepidemicus. Bien qu’un avantage certain de ce vaccin ait été enregistré dans une étude de challenge expérimentale non publiée, aucune déclaration ne peut être faite sans recherches supplémentaires.

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Le Strangvac n’est pas indiqué pour être utilisé contre Streptococcus equi subspecies zooepidemicus.

Le Strangvac est-il une alternative à la sérologie préalable à la relocalisation ou à la quarantaine dans un nouvel élevage ?

Selon les auteurs, la quarantaine (durée minimum de 3 semaines) reste une nécessité absolue pour tous les nouveaux chevaux d’un élevage. D’après plusieurs études cliniques, la seule sérologie ne peut pas être utilisée pour détecter les chevaux porteurs car elle peut réagir négativement. La vaccination des chevaux de l’élevage offre, selon les auteurs, une meilleure garantie de protection que la sérologie des nouveaux chevaux.

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La quarantaine ne protège pas seulement contre l’introduction de la gourme mais aussi contre celle d’autres pathogènes, comme les parasites gastro-intestinaux, les mycoses ou les virus. Boyle et al. (2018) ont également remarqué que le nettoyage et la désinfection du matériel potentiellement contaminé après un contact avec le cheval est une mesure de prévention importante.

Quels sont les effets indésirables de la vaccination avec le Strangvac ?

Les résultats des études expérimentales et des données de pharmacovigilance post-commercialisation montrent que le vaccin est relativement sûr. Les principaux effets indésirables sont des réactions transitoires légères comme une légère fièvre, des réactions locales au site d’injection, de la léthargie et de l’anorexie.

Des effets indésirables similaires ont été constatés dans une étude de terrain suédoise non publiée suite à la vaccination de 572 chevaux, dont 63 juments gestantes.

Les effets indésirables comme la vascularite à médiation immunitaire ou purpura hémorragique, causé par des complexes anticorps-antigène avec la protéine SeM de S. equi, ne surviennent pas avec le Strangvac car cette protéine n’est pas présente dans le vaccin.

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Les effets indésirables mentionnés correspondent à ceux repris dans le RCP/notice du Strangvac et aux notifications de la base de données Eudravigilance. Selon le RCP/notice, les effets indésirables surviennent le plus souvent après la 2ème vaccination et celles qui suivent. Les réactions de type anaphylactique sont très rares (<1/10.000 animaux traités, y compris rapports isolés).

Les AINS sont-ils indiqués pour éviter les réactions locales ?

L’influence des AINS sur l’émergence de réactions locales consécutives à la vaccination n’a pas été étudiée. Les auteurs déconseillent donc leur usage.

Une décision thérapeutique se base sur les preuves scientifiques disponibles, vos expertise et expérience, le patient et les préférences du propriétaire. La pyramide présente la hiérarchie des preuves scientifiques. A sa base, le type de preuves le plus faible, comme les opinions d’experts, et à son sommet, le type de preuves le plus fort, comme les études cliniques, les revues systématiques avec méta-analyses et les lignes directrices.

Figure 2 : Une décision thérapeutique se base sur les preuves scientifiques disponibles, vos expertise et expérience, le patient et les préférences du propriétaire. La pyramide présente la hiérarchie des preuves scientifiques. A sa base, le type de preuves le plus faible, comme les opinions d’experts, et à son sommet, le type de preuves le plus fort, comme les études cliniques, les revues systématiques avec méta-analyses et les lignes directrices.

Conclusions du CBIP-Vetcompendium

La gourme est une maladie très contagieuse présente aussi dans notre pays.

Actuellement, le Strangvac est le seul vaccin contre la gourme disponible en Belgique. Ce vaccin à sous-unité contient uniquement les protéines responsables de la mise en place d’une immunité protectrice. L’ADN bactérien et les antigènes utilisés dans les tests diagnostiques sont absents, ce qui permet de différencier les animaux vaccinés des animaux malades.

Les caractéristiques et les instructions d’utilisation du Strangvac sont décrites dans le RCP/notice. Ces informations de produit ne donnent pas toujours de réponse aux questions spécifiques rencontrées dans la pratique.

La revue de Rendle et al. (2025) pourrait pallier ce manque. Cependant, cette étude ne se base pas uniquement sur des études scientifiques publiées (par nécessité) mais aussi souvent sur des études de terrain non publiées et des opinions d’experts. Les réponses fournies dans cette revue reposent donc sur des bases scientifiques fragiles.

Chaque décision thérapeutique doit se baser sur les meilleures preuves scientifiques dont vous disposez en tant que praticien, idéalement des lignes directrices, des revues systématiques ou des études cliniques robustes (voir aussi la pyramide de la Figure 2). Les opinions d’experts et les observations non publiées constituent les preuves le plus faibles. En outre, les auteurs, tous issus du monde académique, mentionnent des conflits d’intérêt avec le titulaire d’autorisation et/ou le distributeur du Strangvac. Les conclusions de cette revue, qui n’a pas été financée par le titulaire d’autorisation ou le distributeur, peuvent en avoir été influencées.

En pratique, vous devrez donc utiliser les recommandations de Rendle et al. (2025) de manière raisonnée et toujours suivre les instructions du RCP/notice.

En ce qui concerne les décisions qui ne peuvent pas être basées sur les informations du RCP/notice, les recommandations de Rendle et al. (2025) peuvent constituer une base afin d’arriver, en concertation avec le propriétaire, à une décision thérapeutique pour un cheval déterminé ou un groupe de chevaux.


Sources