Bordetella bronchiseptica est l’une des principales causes infectieuses de la toux des chenils (trachéobronchite infectieuse canine). En fonction du risque infectieux, il est conseillé de vacciner les chiens contre cette bactérie tous les 6-12 mois, ce qui peut se faire avec des vaccins oraux ou intranasaux (voir aussi Toux des chenils).
Les actes médicaux comme la vaccination peuvent affecter l’odorat des chiens, ce qui, chez les chiens pisteurs, peut avoir des conséquences sur l’efficacité et la précision de leur travail. Une attention particulière est donc portée aux vaccins intranasaux étant donné le risque accru d’inflammation nasale, ce qui peut conduire à une perte partielle d’odorat ou hyposmie.
Les auteurs de l’article (1) ont étudié les effets des vaccins intranasaux et oraux contre Bordetella bronchiseptica disponibles sur le marché sur l’odorat et le comportement de chiens pisteurs entraînés.
En médecine humaine, il a été démontré par le passé que les médicaments pouvaient avoir une influence sur l’odorat humain, avec pour conséquence une hyposmie ou une anosmie. Selon les auteurs de cet article, peu ou pas d’études ont été menées à ce sujet en médecine vétérinaire. Les vaccins intranasaux causent une réponse immunitaire locale au niveau de la muqueuse nasale, ce qui peut influer sur l’odorat des chiens.
La détection olfactive par le chien pisteur demande que l’odeur soit perçue, traitée et reconnue en faisant montre d’une réaction apprise. La mesure dans laquelle le chien va flairer une odeur peut être influencée par son comportement et sa motivation à chercher la source olfactive. Une fois à proximité de la source, les molécules odorantes doivent pénétrer et traverser les voies nasales et se lier aux récepteurs de l’épithélium olfactif.
Après liaison aux récepteurs, les nerfs olfactifs envoient un signal au cortex afin de générer une réponse apprise. Une inflammation locale ou une obstruction des voies aériennes peut perturber le transit des molécules odorantes vers les récepteurs. Toute perturbation de la conduction nerveuse, des nerfs olfactifs périphériques ou du traitement par le système nerveux central peut affecter l’odorat. La démonstration de la réponse apprise lorsqu’une odeur est perçue dépend du traitement cognitif et de l’expression du comportement appris. Les facteurs neurologiques, métaboliques ou comportementaux qui influencent la cognition et le comportement, peuvent influencer cette dernière étape de la détection olfactive.
Les chiens pisteurs entraînés inclus dans les deux études appartiennent à 3 races (berger allemand, labrador retriever, berger hollandais). Chaque chien a dû indiquer une odeur cible présente sur un objet odorant. Les chercheurs ont également proposé des objets odorants sans odeur cible à titre de contrôle ainsi que des objets aléatoires comme distracteurs.
Dans la première étude (crossover study), 16 chiens ont été répartis aléatoirement dans 2 groupes. Les chiens ont été vaccinés avec soit un vaccin oral soit un vaccin intranasal. Après une période d’attente de 28 jours, la vaccination a été répétée avec l’autre voie d’administration. Les chiens ont effectué un test de pistage un jour avant la vaccination et ensuite à différents moments après la vaccination (après 4 h, 1, 3, 7 et 10 jours). Lorsque les chiens n’identifiaient pas l’odeur correctement, ils répétaient l’exercice avec une odeur plus intense (seuil olfactif plus faible) jusqu’à ce qu’ils identifient l’odeur cible correctement.
Dans la deuxième étude (étude randomisée avec groupe contrôle, randomized control trial), l’influence d’une unique vaccination intranasale contre B. bronchiseptica sur l’odorat des chiens pisteurs a été étudiée. En tenant compte d’une composition équilibrée des groupes en termes de race, d’âge, de capacité et de technique de pistage, 24 chiens ont été répartis en 3 groupes : vaccination intranasale (9), administration intranasale du solvant du vaccin (10), pas de traitement (5). Les chiens ont effectué un test de pistage un jour avant la vaccination et ensuite à différents moments après la vaccination (le jour de la vaccination, 7, 10, 11, 14, 21, 24, 28 et 29 jours). Lorsque les chiens n’identifiaient pas l’odeur correctement, ils répétaient l’exercice 1 fois avec une odeur plus intense.
Dans les deux études, les chiens ont été familiarisés avec l’odeur à pister. L’exercice a été filmé dans les deux études afin d’étudier la réaction du chien à l’odeur, la durée de l’exercice et le comportement du chien. Pour chaque chien, les facteurs de motivation, la durée de détection et le seuil olfactif ont été notés. Les facteurs de motivation négatifs ont conduit à une motivation moindre pour accomplir l’exercice et caractérisaient une distraction, un stress ou une frustration comme le fait d’abandonner l’exercice ou de rechercher le maître-chien. Les facteurs positifs associés à une motivation accrue pour accomplir l’exercice consistaient en du stress et des comportements détournés, comme aboyer ou sauter.
Dans la 1ère étude, aucune influence de la vaccination n’a pu être constatée sur l’aptitude des chiens à identifier correctement l’odeur cible. Les chiens qui ont été vaccinés contre B. bronchiseptica par voie orale puis intranasale ont été généralement plus lents à trouver l’odeur cible que ceux vaccinés par voie intranasale puis orale. Cet effet était statistiquement significatif. Selon les auteurs, cette différence pourrait être expliquée par un effet renforcé du vaccin intranasal administré après un vaccin oral, ce qui pourrait avoir une influence plus importante sur l’épithélium nasal et les récepteurs olfactifs. Aucune étude n’a été menée afin de vérifier cette hypothèse. Dans la 2ème étude, la vaccination n’a pas eu d’influence sur la capacité des chiens à trouver l’odeur cible ou sur le temps nécessaire pour trouver l’odeur cible.
Les facteurs de motivation positifs et négatifs ont eu un impact négatif sur la durée de recherche dans la 1ère étude. Dans la 2ème étude, seuls les facteurs de motivation négatifs ont eu un impact négatif sur la durée de recherche. Dans la 1ère étude, le nombre de facteurs de motivation positifs était relativement restreint. Le nombre de chiens et de facteurs de motivation positifs était plus important dans la 2ème étude, ce qui conduit les auteurs à considérer les résultats de la 2ème étude comme plus précis.
Les auteurs concluent que le seuil olfactif n’a pas été influencé par la voie d’administration du vaccin : un vaccin intranasal ou oral contre Bordetella n’avait pas d’influence sur l’efficacité de recherche. Un vaccin intranasal administré 28 jours après un vaccin oral a résulté en une petite, mais statistiquement significative, augmentation du temps de détection.
Sur base de ces résultats, les auteurs de la publication recommandent d’administrer le vaccin contre Bordetella en respectant la fréquence prescrite de 6-12 mois. Comme pour toute médication chez les chiens pisteurs, le maître-chien et le vétérinaire doivent être attentifs aux changements de prestation consécutifs à une vaccination mais sur base de ces deux études, le risque d’hyposmie après vaccination contre Bordetella est faible. Le comportement du chien influant sur l’efficacité de recherche, c’est un aspect dont il faut tenir compte lors de l’exécution d’études cliniques qui évaluent les fonctions olfactives.
Cette étude a été entièrement financée par Zoetis. Les auteurs mettent des données d’étude supplémentaires à disposition.
Conclusion du CBIP
Cette étude a été bien exécutée du point de vue méthodologique. Il a été porté attention aussi bien à la randomisation des chiens dans les différents groupes d’étude qu’au calcul du nombre d'animaux par groupe afin d'avoir une puissance suffisante pour démontrer une différence significative entre les groupes. Les faiblesses de cette étude consistaient en l’absence d’étude de l’épithélium nasal afin de décrire l’inflammation, et le financement de l’étude par le producteur du vaccin, ce qui aurait pu conduire à un biais.
Comme pour tout acte vétérinaire, les avantages (protection contre la toux de chenils) et les inconvénients (impact négatif potentiel sur les capacités et le comportement de pistage) de la vaccination des chiens pisteurs contre B. bronchiseptica doivent être évalués au cas par cas en fonction du risque infectieux chez l’animal concerné. Les résultats de cette étude peuvent aider le vétérinaire à faire un choix raisonné lors de la vaccination des chiens pisteurs contre B. bronchiseptica.
Source :
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Collins A, Bear RA, Mallikarjun A, Kane SA, Essler JL, Kaynaroglu P, Feuer R, Smith JG, Otto CM. Effects of Intranasal and Oral Bordetella bronchiseptica Vaccination on the Behavioral and Olfactory Capabilities of Detection Dogs. Front Vet Sci. 2022 May 18;9:882424.