Folia Veterinaria

Que sait-on de l’utilisation à long terme du pergolide chez les chevaux atteints de dysfonctionnement de la pars intermedia de l’hypophyse (DPIH) ?

datum publicatie: 28-11-2025
Espèce cible
cheval non prod d'aliments
Indication
cushing - hypercorticisme - PPID
Substance active
pergolide
Sujets
PPID

Message-clé

La DPIH est considérée comme une maladie à progression lente qui nécessite un traitement à vie. Schott et al. (2025) font le point, au bout de 15 ans, sur 28 chevaux et 2 poneys (n = 30) atteints de DPIH et traités au pergolide (Prascend®).

L’étude présente des faiblesses méthodologiques : 

  • faible nombre d’animaux,
  • pas de groupe placebo,
  • biais de mémorisation des propriétaires,
  • observations non réalisées chez tous les chevaux pour chacun des 9 points temporels prévus. 

Les résultats de cette étude prospective méritent toutefois d’être rapportés. 

Le temps de survie médian est de 3,6 ans (0,6-10,5 ans) après le début du traitement, quelle que soit la dose administrée (2 ou 4 µg/kg par jour). Un poney était encore en vie après la fin de l’étude. 96 % des propriétaires déclarent que le Prascend® améliore la qualité de vie du cheval, et 87 % sont prêts à l’administrer à un autre cheval qui souffrirait de DPIH. 

Selon les auteurs, aucun des problèmes de santé, observés par les propriétaires, ne peut être spécifiquement attribué au traitement, à part une perte d’appétit qu’ils qualifient de durée et de magnitude variables, sans plus de précision et non associée à l’augmentation de dose. 

Le pourcentage de chevaux dont les tests hormonaux sont disponibles et normaux est fourni, dans la publication, pour différents points temporels. Vu la variété des techniques utilisées, l’absence de certains résultats, et la disparition (mort) progressive des animaux, il n’est pas possible d’en tirer des conclusions utiles et solides. 

Les résultats en bref

Schott et al. (2025), dans cette étude “à long terme” (15 ans), suivent un sous-groupe de chevaux (n = 28) et de poneys (n = 2), issus d’une plus large cohorte (n = 113) déjà observée dans une étude dite “à court terme” (180 jours ; Andrews et al., 2011), âgés de 17 à 29 ans, atteints de DPIH. Les chevaux de la cohorte initiale présentent au départ de l’observation un score clinique composite minimal (sur base de sous-scores pour : hypertrichose, hyperhidrose, polyurie, polydipsie, accumulation de graisse, perte de masse musculaire) et un test sanguin hormonal anormal (soit le Overnight Dexamethasone Suppression Test (ODST), soit le dosage de l’Adreno Cortico Tropic Hormone (ACTH)).

L’étude à court terme sert de référence pour déterminer les doses utilisées au début de l’étude à long terme sur base des résultats (normal (N), anormal (A)) de l’ODST ou du dosage de l’ACTH, à 90 et 180 jours. La dose est de 2 µg/kg de pergolide par jour si les résultats sont normaux (groupe NN ; n= 13), ou est de 4 µg/kg dans le cas contraire (groupes AN (n = 4), NA (n = 4), AA (n = 9)). Au cours de l’étude à long terme, la dose est augmentée de façon similaire (de 2 à 4 µg/kg) en cas de test ou de dosage anormal.  

Dans l’étude à long terme, le temps de survie médian est de 3,6 ans (0,6-10,5 ans), et ne diffère pas entre les groupes (NN, AN, NA, AA). Cinq chevaux sont morts subitement de cause indéterminée. 5 sont euthanasiés pour fourbure. 19 le sont pour des causes que les auteurs associent au vieillissement. 

De nombreux chevaux (n = 24 des 30 chevaux) sont déjà morts au moment d’une enquête de satisfaction menée en ligne au bout de 10 ans, ce qui introduit un biais de mémorisation. 25 propriétaires y répondent, dont 24 (96 %) déclarent que le Prascend® améliore la qualité de vie du cheval. L’amélioration des signes cliniques serait la plus satisfaisante pour le niveau d’énergie pour 77% des répondants, le pelage (71%) et la masse musculaire (61%). 82% donnent une note de satisfaction entre 8 et 10/10 par rapport au traitement. 87% seraient d’accord de prodiguer un traitement à vie à un autre cheval atteint de DPIH. 100% considèrent que le traitement a prolongé la durée de vie de leur cheval.

Depuis le début de la période de suivi, les chercheurs interrogent les propriétaires, par téléphone, tous les trois mois, quant à l'occurrence de problèmes de santé des animaux. Les principaux problèmes de santé consistent en une perte d’appétit, des troubles gastro-intestinaux (coliques, diarrhées), une diminution de la condition physique, des épisodes de fourbure, de l’arthrite, une aggravation de l’hypertrichose. 

A part la perte d’appétit, aucun de ces problèmes ne peut être spécifiquement attribué au traitement, selon les auteurs. Ils la qualifient en outre de durée et de magnitude variables (sans plus de précision) et non associée à l’augmentation de la dose. La notice/RCP du Prascend® mentionne cependant d’autres effets indésirables, dont la diarrhée et les coliques (Figure 1).

Effets indésirables mentionnés dans la notice/RCP du Prascend® (consultée le 22/08/2025).Effets indésirables mentionnés dans la notice/RCP du Prascend® (consultée le 22/08/2025).

Figure 1 : Effets indésirables mentionnés dans la notice/RCP du Prascend® (consultée le 22/08/2025).

Les enquêtes téléphoniques confirment le sentiment de satisfaction des propriétaires, et la bonne compliance des propriétaires (administration du médicament pour plus de 95 % des jours de traitement).

Les chercheurs, au début de l’étude, planifient d’évaluer les signes cliniques et d’effectuer des tests endocriniens après 2.5, 3, 3.5, 4.5, 5.5, 6.5, 9.5, 12.5 et 14.5 années de traitement, mais les examens ne peuvent être réalisés sur tous les chevaux à tous les points temporels. L’évolution des signes cliniques n’est pas clairement rapportée dans les articles. Pour 7 des 13 chevaux du groupe NN, sur base des tests hormonaux, la dose est augmentée à 4 µg/kg sur la période de 1.7 à 4.7 années. L’évolution des dosages hormonaux disponibles est synthétisée dans le Tableau 1.

Tableau 1. Evolution des résultats à l’ODST (Overnight dexamethasone suppression test) et/ou  du dosage de l’ACTH plasmatique était ≤ 45 pg/mL après un certain nombre d’années de traitement.

Evolution des résultats à l’ODST (Overnight dexamethasone suppression test) et/ou  du dosage de l’ACTH plasmatique était ≤ 45 pg/mL après un certain nombre d’années de traitement.

Commentaire du CBIP

Cette étude présente des faiblesses méthodologiques :

  • un faible nombre d’animaux (30)
  • pas de groupe placebo. Il n’est donc pas possible de déterminer formellement si le pergolide a permis d’améliorer la qualité de vie et la longévité des chevaux.
  • les tests endocriniens n’ont pas tous été effectués à tous les points temporels et leurs résultats ne sont pas forcément comparables.
  • l’enquête de satisfaction a été effectuée 10 ans après le début de l’étude alors que la majorité des chevaux étaient déjà morts. L’enquête a donc pu être affectée par un biais de mémorisation de la part des propriétaires.
  • la gratuité du traitement peut également avoir biaisé les réponses des propriétaires.
  • l’un des auteurs a reçu des financements de la part de la firme qui commercialise le Prascend.

Malgré ses limites, cette étude offre l’avantage d’un suivi à long terme (près de 15 ans) de chevaux atteints de DPIH traités au pergolide. C’est donc avec réserve mais intérêt que l’on lit les conclusions de Schott et al. (2025). Le pergolide est bien toléré sur le long terme, avec peu d’effets indésirables attribués au traitement. Une perte d’appétit est possible. La majorité des propriétaires étaient (très) satisfaits et plusieurs ont considéré que le traitement avait permis d’améliorer la qualité de vie et la longévité de leur cheval.


Sources