Les auteurs de la publication concluent que l’amélioration par le pergolide des signes cliniques, sauf la fourbure, ainsi que des tests hormonaux (ACTH, test au TRH), est démontrée.
Message-clé
La publication de la BEVA (British Equine Veterinary Association)1 aborde le traitement du dysfonctionnement de la pars intermedia de l’hypophyse (DPIH), une maladie rencontrée fréquemment chez les chevaux âgés. Des experts américains et britanniques analysent la littérature scientifique et donnent leur avis sur les réponses à une série de questions d’intérêt clinique.
Ils concluent que l’amélioration par le pergolide des signes cliniques, sauf la fourbure, ainsi que des tests hormonaux (ACTH, test au TRH), est démontrée. Si les modifications hormonales semblent apparaître tôt (parfois déjà après 7 jours de traitement), et que le délai généralement recommandé (1 à 3 mois) avant de réévaluer l’état clinique du cheval pourrait dès lors être raccourci, il n’existe pas d’information solide sur les modalités idéales de suivi des chevaux traités au pergolide, que ce soit via les signes cliniques ou via les tests hormonaux.
La majorité des autres questions d’intérêt clinique ne trouvent pas de réponse fiable, par insuffisance ou absence de preuves scientifiques sur le sujet.
En quoi cette étude est-elle importante ?
Avec le vieillissement de la population équine, le DPIH devient une maladie fréquente. Elle affecterait 20 à 25 % des chevaux de plus de 15 ans2-5. Depuis une dizaine d’années, les vétérinaires et les propriétaires de chevaux sont plus conscients de son existence6.
La BEVA publie une série d’avis relatifs au DPIH1, certains concernant les tests diagnostiques (précision et interprétation) et d’autres les traitements ayant fait l’objet d’une AMM ou non (efficacité, monitoring). C’est cette seconde partie qui fait l’objet de ce « Lu pour vous ».
Pour comprendre la pertinence des questions posées et des réponses apportées, certains rappels pourraient être utiles, notamment sur la pathologie, les tests diagnostiques, et les traitements utilisés (voir notamment l’étude de Kirkwood et al.7).
Conception de l'étude
- Un panel d’experts (vétérinaires généralistes et spécialistes) est créé pour identifier les questions cliniques pertinentes concernant le diagnostic et le traitement du DPIH chez le cheval et le poney. Les questions sélectionnées sont regroupées en 4 catégories, dont deux concernent d’une part le traitement du DPIH (essentiellement par le pergolide) et d’autre part le suivi des chevaux traités au pergolide.
- Une recherche systématique de la littérature scientifique est effectuée dans les bases de données NCBI PubMed et CAB Direct afin d’identifier les publications pertinentes pour répondre à chaque question. Les résumés des Global Equine Endocrinology Symposia disponibles en ligne sont également pris en compte. Les rapports de cas uniques, les opinions personnelles, la littérature technique, les manuels et les études non disponibles en anglais sont exclus.
- La méthodologie GRADE (Grading of Recommendations, Assessment, Development and Evaluation) est utilisée. Elle permet aux experts de proposer des avis, en faveur ou en défaveur aux réponses aux questions étudiées (accord faible = non, accord fort = oui). Ces avis reposent sur la qualité des informations scientifiques publiées (classée comme très faible, faible, moyenne, ou haute) et leur expérience personnelle.
Les résultats en bref
Certaines questions sont suffisamment documentées dans la littérature scientifique pour que les experts puissent porter un avis. Elles sont reprises dans le Tableau 1. De nombreuses questions restent sans réponses fiables par insuffisance de preuves scientifiques au stade actuel (Tableau 2), ou par absence totale d’études sur le sujet.
Questions restées sans avis en raison du faible nombre ou de l’absence de publications sur le sujet :
- Faut-il surveiller de plus près le parasitisme des chevaux traités en réalisant plus fréquemment un comptage des œufs fécaux ?
- La compliance du propriétaire influence-t-elle l’efficacité du traitement ?
- Le moment (saison) du contrôle affecte-t-il l’interprétation des signes cliniques ou des tests hormonaux dans le suivi du traitement ?
- Est-il utile d’adapter la dose de pergolide en fonction des saisons, notamment en automne quand une augmentation de l’ACTH est attendue ?
- La forme liquide (compound) améliore-t-elle les signes cliniques et les tests de la même façon que les comprimés ?
- Quand les signes cliniques et les tests sont stabilisés, y a-t-il lieu de continuer à adapter la dose de pergolide ?
- Est-il utile d’évaluer les marqueurs sanguins hépatiques et rénaux ou autres, lors du suivi du traitement ?
- Existe-t-il un traitement efficace pour les juments gestantes, les juments allaitantes ou les chevaux de sport soumis aux règles des fédérations internationales ?
- Est-il possible d’utiliser le pergolide chez les juments en fin de gestation, sans risque d’agalactie ?
- Le pergolide est-il utile chez des juments infertiles présentant des tests hormonaux (ACTH) anormaux sans autre signe manifeste de DPIH ?
- L’utilisation d’une demi-dose de pergolide 2x/jour, par rapport à celle d’une dose 1x/jour, est-elle préférable en termes de sécurité (effets indésirables) et d’efficacité (signes cliniques, concentrations en ACTH) ?
Limites de l'étude
- Le nombre restreint d’études, reprenant un nombre faible de chevaux, limite la qualité des preuves et la force des recommandations émises, et laisse de nombreuses questions sans réponses.
- Certains auteurs ont déclaré des conflits d’intérêt (avoir reçu des rémunérations de diverses firmes pharmaceutiques, dont Boehringer Ingelheim, le titulaire de l’autorisation de mise sur le marché).
Commentaire du CBIP
L’article publié soutient le vétérinaire dans sa pratique quotidienne. Les questions cliniques sont pertinentes et reflètent bien l’ensemble des préoccupations des vétérinaires face aux cas de DPIH équin. Les auteurs analysent de façon critique la littérature à disposition.
De nombreuses questions restent sans réponse par manque d’information scientifique en quantité ou en qualité suffisante. Le CBIP est assez en accord avec l’analyse de la littérature telle qu’elle est relatée par les auteurs. Cette étude aura contribué à mettre en évidence la nécessité d’étoffer la littérature scientifique avec des preuves de bonne qualité sur le traitement du DPIH chez le cheval.
Sources
- Menzies‐Gow, N. J., Banse, H. E., Duff, A., Hart, N., Ireland, J. L., Knowles, E. J., ... & Rendle, D. BEVA primary care clinical guidelines: diagnosis and management of equine pituitary pars intermedia dysfunction. Equine Veterinary Journal. 2024, 56(2), 220-242.
- Durham, A.; McGowan, C.; Fey, K.; Tamzali, Y.; Van der Kolk, J. Pituitary pars intermedia dysfunction: Diagnosis and treatment. Equine Vet. Educ. 2014, 26, 216–223.
- Horn, R.; Stewart, A.J.; Jackson, K.V.; Dryburgh, E.L.; Medina-Torres, C.E.; Bertin, F.R. Clinical implications of using adrenocorticotropic hormone diagnostic cutoffs or reference intervals to diagnose pituitary pars intermedia dysfunction in mature horses. J. Vet. Intern. Med. 2021, 35, 560–570.
- Ireland, J.; McGowan, C. Epidemiology of pituitary pars intermedia dysfunction: A systematic literature review of clinical presentation, disease prevalence and risk factors. Vet. J. 2018, 235, 22–33.
- McGowan, T.W.; Pinchbeck, G.P.; McGowan, C.M. Prevalence, risk factors and clinical signs predictive for equine pituitary pars intermedia dysfunction in aged horses. Equine Vet. J. 2013, 45, 74–79.
- Ireland, J.L.; McGowan, C.M. Translating research into practice: Adoption of endocrine diagnostic testing in cases of equine laminitis. Vet. J. 2021, 272, 105656.
- Kirkwood NC, Hughes KJ, Stewart AJ. Pituitary Pars Intermedia Dysfunction (PPID) in Horses. Vet Sci. 2022 Oct 10;9(10):556.