L’épidémiologie de la rage humaine et animale en Belgique et en Europe
La rage est une maladie neurologique généralement provoquée par le virus classique de la rage (RABV) appartenant au genre Lyssavirus dans la famille des Rhabdoviridae. Ce virus touche principalement les chiens et les mésocarnivores sauvages tels que les renards. Sur le continent américain, les chauves-souris hématophages (chauves-souris vampires) sont également des réservoirs du RABV. Tout animal à sang chaud peut contracter la rage. L’infection est transmise par la salive des animaux infectés, généralement par morsure, mais aussi par griffure ou léchage.
Deux autres espèces virales du genre Lyssavirus, l’EBLV-1 (European Bat Lyssavirus) et l’EBLV-2, sont observées chez les chauves-souris européennes et peuvent être transmises aux mammifères et à l’homme, chez lesquels elles peuvent provoquer des cas de rage mortelle. Cette transmission de chauves-souris à l’homme ou à d’autres espèces animales est toutefois très exceptionnelle.
Chaque année dans le monde, des dizaines de milliers de personnes meurent de la rage. Dans la plupart de ces cas, la rage est causée par le virus de la rage classique, le RABV. Une fois les premiers symptômes déclarés chez l’homme ou chez l’animal, la rage a toujours une issue fatale.
RABV
Au sein de l’Union européenne, rares sont les cas de rage observés chez l’homme ces dernières décennies (1 à 2 cas par an). Ces cas concernaient aussi bien des personnes contaminées en dehors de l’Europe, souvent en Asie ou en Afrique, où les chiens errants constituent un risque majeur de contamination pour l’homme, que des personnes contaminées dans des pays européens où la rage dite sylvatique sévit encore de façon endémique parmi les animaux sauvages (voir aussi Fig. 1).
Dans ces pays, principalement d’Europe orientale, des plans d’éradication, co-financés par la Commission européenne, aident à éradiquer la rage sylvatique, notamment par la vaccination orale des carnivores sauvages. Grâce à ces campagnes massives de vaccination orale des animaux sauvages, l’incidence de la rage sylvatique a déjà pu être considérablement réduite, tant chez les animaux sauvages que chez les animaux domestiques, et la rage a pu être éradiquée en Europe orientale et centrale.
En Belgique, les derniers cas animaliers de rage classique « indigènes » remontent à la fin des années 90. La Belgique est indemne du virus classique de la rage depuis 2001. Des cas ont toutefois été constatés suite à l’importation illégale de chiens infectés par la rage provenant du Maroc, en 2007, et de la Gambie, en 2008. Cette importation du virus par le biais de chiens, chats ou furets contaminés provenant de pays non indemnes, constitue toujours un risque réel pour l’introduction de la maladie dans notre pays. Les cas d’importation douteuse d’un chien ou d’un chat (e.a. passeport manquant ou falsifié, vaccination antirabique effectuée trop tôt, identification incorrecte) doivent être notifiés à l’AFSCA.
La rage classique fait l’objet d'une réglementation nationale et européenne. En particulier dans les régions endémiques, la vaccination des animaux domestiques (chiens, chats, furets) et des carnivores sauvages (renards) constitue une mesure de prévention qui peut être considérée comme une première ligne de défense pour prévenir la rage chez l’homme. En Belgique, la vaccination contre la rage est seulement obligatoire chez les chiens, les chats et les furets qui voyagent depuis la Belgique vers un autre pays de l’UE et qui reviennent.
EBLV-1 et EBLV-2
En Europe, les cas de transmission d’EBLV-1 et EBLV-2 des chauves-souris vers d’autres espèces, y compris l’homme, sont très rares. Une dizaine de cas seulement ont été documentés ces 30 à 40 dernières années.
La population des chiroptères belges est composée majoritairement de pipistrelles (90-95 %) qui ne sont pas réservoirs d’EBLV. Parmi les autres espèces, on compte les sérotines (Eptesicus serotinus) et les murins (Myotis) qui sont potentiellement porteurs d’EBLV-1 et-2 et sont considérés comme des espèces réservoirs. Ces chiroptères sont donc plus rares ; ils sont dispersés sur tout le territoire belge et présentent un comportement anthropophile. Les données épidémiologiques actuellement disponibles ne permettent pas de tirer de conclusions concernant la prévalence d’EBLV dans les populations de chauves-souris en Belgique. Deux cas seulement d’EBLV-1 ont été rapportés chez des sérotines en province de Luxembourg en 2016 et en 2017. La question reste de savoir s’il s’agit d’un problème ponctuel, stable ou qui risque de s’aggraver, et si d’autres colonies de chauves-souris sont également concernées dans d’autres provinces. Ces questions restent actuellement sans réponse.
De simples mesures de précaution, comme éviter de manipuler des cadavres de chauves-souris, peuvent déjà suffire à réduire le risque pour l’homme. Si toutefois un cadavre, ou un animal vivant, doit être manipulé, par ex. par une personne travaillant pour un organisme de protection de la nature, cela peut se faire en portant des gants adaptés.
Le risque de transmission des EBLV des chauves-souris aux autres animaux de la faune sauvage est quasi nul. Le risque de transmission vers le bétail est également très peu probable. On note par ailleurs que le bétail est un bon indicateur (sentinelle) de la circulation du virus de la rage chez les renards, actuellement disparu.
Compte-tenu de leur comportement de prédateur, les chats seraient plus vulnérables à la contamination par les EBLV. Comme mesure de précaution, une vaccination préventive contre la rage (avec un vaccin contre la rage classique) des chats vivant à proximité de colonies de chauves-souris peut être envisagée.
Conclusion
La Belgique est indemne de RABV. Le risque majeur provient de l’importation illégale d’animaux de zones endémiques (principalement du nord de l’Afrique).
Quelques cas d’EBLV ont été constatés en Belgique. Le risque de transmission de ce virus des chauves-souris vers d’autres espèces, y compris l’homme, est toutefois improbable.
Mesures préventives concernant la transmission à l’homme :
- Le CSS formule dans son avis quelques recommandations, dont la vaccination de certains groupes-cibles.
- La vaccination est recommandée chez les personnes entrant en contact direct et répété avec des animaux domestiques ou sauvages : les inspecteurs de l’AFSCA, les médecins vétérinaires, les étudiants vétérinaires, les agents forestiers, les acteurs de terrain œuvrant dans les organismes de protection des chauves-souris, etc.
- Il est également recommandé de vacciner les voyageurs risquant d’être exposés dans des régions à haut risque (randonneurs, cyclistes, spéléologues, etc.) et les personnes devant séjourner durant une longue période dans des régions à haut risque (Afrique, Asie du Sud et certaines régions d’Amérique du Sud/Centrale).
- La vaccination préventive n’est pas utile chez les autres groupes de personnes pouvant entrer sporadiquement en contact avec des chauves-souris (responsables de parcs animaliers, clubs de spéléologie, mouvements de jeunesse, travailleurs en carrière souterraine, couvreurs, etc.). Dans ces groupes, des messages de sensibilisation ciblés suffisent.
- Tout médecin vétérinaire doit être attentif au problème de l’importation illégale d’animaux potentiellement porteurs de Lyssavirus provenant de régions du monde où la rage est endémique. Ceci représente en effet la source principale des cas de rage rencontrés en Europe de l’Ouest.
Prophylaxie post-exposition et vaccination pré-exposition chez l'homme
- Depuis début juillet 2017, l'Institut de Médecine Tropicale d'Anvers (IMT) est le seul centre de Belgique compétent pour la prophylaxie post-exposition (PPE) à l'aide d'immunoglobulines contre la rage chez les patients qui y ont été potentiellement exposés. (Voir IMT-traitement de la rage)
- La procédure à suivre en cas de risque est décrite en détail dans la procédure suivante : IMT-procédure traitement de la rage.
- De HGR formulera un nouvel avis dans le mois à venir en ce qui concerne la vaccination pré-exposition (PrEP) étant donné qu'une nouvelle directive OMS a été récemment publiée (Voir OMS-directive, 17 avril 2018).
- A partir du 1er mai 2018, les voyageurs recevront dans les centres de vaccination de voyage belges un calendrier de vaccination contre la rage raccourci, administré sur 2 visites, conformément à cette nouvelle directive OMS. (Voir IMT-médecine des voyages).
Sites Web utiles
- Laboratoire National de Référence pour la rage en Belgique (Institut scientifique de Santé Publique)
- Informations concernant la rage et sa réglementation : La rage (AFSCA) et Voyager avec des animaux de compagnie (SPF Santé publique)
- CBIP vet, vetcompendium : Vaccins antirabiques
- Centre national anti-rabique, Institut de Médecine Tropicale d'Anvers (IMT)
- WHO rabies bulletin
- European Centre for Disease Prevention and Control - ECDC rabies
- Folia pharmacotherapeutica - CBIP - rage
Légende:
cercle bleu: rage canine ; carré vert: rage sylvatique (surtout rage vulpine) ; SHAPE \* MERGEFORMAT triangle rouge: rage des chauves-souris (EBLV)
Source : Rabies Bulletin Europe (Organisation Mondiale de la Santé) : https://www.who-rabies-bulletin.org/