Folia Veterinaria

Utilisation des agonistes alpha-2 chez les chiens de race poméranien

datum publicatie: 29-10-2021
pomenarien
Espèce cible
chien
Indication
anesthésie générale
anesthésie locale
sédation
Substance active
détomidine
dexmédétomidine
médétomidine
romifidine
xylazine
Sujets
Pharmacovigilance
Analgésie
Rapports
Lignes directrices
Anesthésie
Sédation

L'attention de l'agence française des médicaments (*) a été récemment attirée par des rumeurs circulant au sein des vétérinaires, des éleveurs de chiens et des propriétaires concernant la sensibilité particulière des poméraniens (loulou de Poméranie, spitz nain, spitz allemand) aux agonistes alpha-2 (en particulier la médétomidine). L'utilisation de ces substances augmenterait le risque létal chez cette race. Certains propriétaires demanderaient même à leur vétérinaire de ne pas utiliser d'agonistes alpha-2 chez leur poméranien, bien que ces substances soient utilisées à grande échelle pour la sédation et la prémédication de l'anesthésie.

Les autorités françaises ont donc étudié la sécurité d'utilisation des agonistes alpha-2 chez le poméranien.

De même que dans notre pays (voir entre autres Rapport Pharmacovigilance vétérinaire belge - 2020), des effets indésirables sont régulièrement signalés en France suite à l'utilisation d'agonistes alpha-2 dans le cadre de la pharmacovigilance. Au cours des 20 dernières années, 759 notifications ont été envoyées en France, toutes races de chiens confondues, suite à l'utilisation de ces substances. Un seul cas faisait état d'effets indésirables chez un poméranien suite à l'utilisation de xylazine, à savoir que le chien avait eu un réveil difficile et s'était ensuite montré désorienté et affecté de troubles nerveux. Ces signes cliniques faisaient suite à un surdosage de xylazine et de kétamine (1).

Un examen approfondi de la banque de données européenne pour la pharmacovigilance Eudravigilance, au sein de laquelle les Etats européens doivent au moins signaler les effets indésirables graves (ex. mort, blessure grave ou permanente), a mis en lumière 16 notifications d'effets indésirables suite à l'utilisation d'agonistes alpha-2 chez le poméranien, dont 14 étaient graves. Toutes races de chiens confondues, 3292 notifications concernant les agonistes alpha-2 ont été trouvées. Les signes cliniques chez les poméraniens étaient similaires à ceux signalés chez les autres races : apnée, bradycardie, arrêt cardiaque, mort, symptômes digestifs ou neurologiques (1).

Les enquêtes menées auprès des autorités compétentes des autres États européens n'ont pas donné de signal non plus. Que ce soit dans les notifications effectuées dans le cadre de la pharmacovigilance vétérinaire ou dans les publications scientifiques ou autres publications, y compris les messages sur les réseaux sociaux, aucune notification dans les 19 Etats membres ayant répondu à la demande de la France n'a fait état d'une sensibilité particulière des poméraniens aux agonistes alpha-2. Selon l'AFMPS, aucun effet indésirable impliquant un médicament vétérinaire agissant sur le système nerveux n'a été signalé chez cette race au cours des 3 dernières années (2019-2021) (**). Cependant, la race n'est que rarement indiquée dans la notification (annonce de l'AFMPS).

De même, les études bibliographiques et les consultations de vétérinaires anesthésistes spécialistes dans les différents Etats membres n'ont révélé aucune donnée bibliographique ou de terrain permettant de suspecter une sensibilité particulière des poméraniens aux agonistes alpha-2.

L'agence française des médicaments a donc conclu, sur base de son étude, que l'utilisation des agonistes alpha-2 chez les poméraniens en bonne santé était sûre (1).

Ce qui précède montre que les autorités européennes ne se contentent pas d'enregistrer et d'enquêter sur les effets secondaires signalés, mais qu'elles vérifient également les rumeurs qui peuvent apparaître dans divers médias. Néanmoins, les notifications d'effets indésirables potentiels par les vétérinaires et les autres professionnels en médecine vétérinaire constituent la pierre angulaire de la pharmacovigilance, qui permet de garantir la sécurité et l'efficacité des médicaments vétérinaires. Il est donc important de fournir autant d'informations que possible, non seulement sur le médicament et le ou les effet(s) indésirable(s) mais aussi sur l'animal (race, poids corporel, etc) afin de permettre une évaluation précise de la notification et éventuellement d'identifier des groupes à risques.

Les effets indésirables des médicaments vétérinaires constatés en Belgique peuvent être signalés grâce au formulaire en ligne de l'AFMPS.

Mesures de réduction des risques associés à l'anesthésie des petits chiens

Nonobstant le résultat de l'enquête française concluant que l'utilisation des agonistes alpha-2 est sûre chez les poméraniens en bonne santé, plusieurs facteurs propres à ces races de chiens de petite taille peuvent cependant être la cause de complications péri-opératoires même si les animaux sont en bonne santé. Ces facteurs sont brièvement discutés ci-dessous et des suggestions sont données afin d'y remédier.

En raison de leur poids corporel moindre, les chiens de petite taille peuvent plus facilement être victimes d'un surdosage. Celui-ci peut être évité par la détermination correcte du poids corporel et par l'usage de seringues de faible volume afin d'effectuer un dosage précis (3). Il faut ensuite faire la différence entre le dosage d'un sédatif/tranquillisant utilisé en prémédication (avant une anesthésie générale — dosage moindre) et le dosage utilisé pour une sédation. Il peut également être envisagé de combiner un analgésique (opiacé) et un sédatif/tranquillisant, ce qui permettra de réduire la dose de sédatif/tranquillisant. A titre d’information, Grubb et al. (4) donnent un aperçu de l'utilisation de ces substances et de leurs éventuelles combinaisons chez des animaux sains et malades.

Le poids corporel moindre chez les petites races comporte également certains problèmes pratiques liés à l'anesthésie. Le positionnement d'un cathéter intraveineux et d'un tube endotrachéal est plus compliqué chez les petits animaux. La surveillance continue des paramètres cliniques tels que la fréquence/rythme cardiaque, la respiration, la capnographie, la tension artérielle, la saturation périphérique en O2 ou la température est certainement d'une importance capitale chez les très petits animaux afin que l'anesthésie se passe bien mais le praticien est parfois confronté à certaines limitations techniques comme, par exemple, des brassards moins adaptés à la mesure non invasive de la tension artérielle ou les limites techniques du moniteur (3) (4).

Les petits chiens ont un plus grand rapport surface/volume et se refroidissent donc plus vite pendant l'anesthésie, ce qui peut causer une hypothermie et une récupération plus lente (2). Une hypothermie sévère (température corporelle < 34°C) peut causer plus de morts péri-opératoires (5). Classiquement, les animaux sont maintenus au chaud depuis la prémédication préparatoire à l'anesthésie générale et pendant la sédation. Pour ce faire, un matelas d'eau chaude circulante, une couverture chauffante à air chaud, une couverture/des draps de survie, des liquides de rinçage chauds (pour les cavités corporelles et les articulations), des bandages autour des membres, un réchauffeur de ligne IV, des désinfectants à base d'iode au lieu de ceux à base d'alcool pour préparer le site d'incision, etc. peuvent être utilisés. L'utilisation de disques chauffants ou de couvertures chauffées électriquement est contre-indiquée chez les animaux sous anesthésie ou en état de conscience réduite, en raison du risque de brûlures graves (2) (3) (4).

Les animaux de faible poids corporel sont également plus sensibles à la surcharge volumique lors de l’administration intra-veineuse de liquides au cours de l’anesthésie. Ceci peut être contrôlé grâce à l’utilisation d’une pompe à perfusion correctement réglée ou buretrol (dispositif de perfusion ne contenant qu’une quantité limitée de liquide), combinée à une poche de perfusion de faible volume (4).

Les petites races de chien sont plus sensibles à l’hypoglycémie liée à l’anesthésie. Ceci peut être évité en maintenant la période de jeûne préalable à la sédation/anesthésie programmée aussi courte que possible (1-2 h) au lieu de 6 h comme chez les grands chiens. Le jeûne préalable à la sédation et à l’anesthésie permet de réduire le risque de régurgitation et de pneumonie par aspiration (2) (4).

En plus des facteurs de complication dus au faible poids corporel des petits chiens en bonne santé, le praticien peut aussi être confronté à des maladies et des affections spécifiques.

Le poméranien est, de même que les autres petites races de chiens, plus souvent sujet aux malformations trachéales et cardiaques telles que le collapsus trachéal, le ductus arteriosus persistant ou la maladie des ganglions sinusaux, qui augmentent le risque d’effets indésirables lors de l’anesthésie (1). Dans les situations où le praticien est confronté à un animal malade, plusieurs facteurs supplémentaires doivent être pris en compte lors du choix du protocole de sédation ou d’anesthésie. Une évaluation pré-anesthésique étendue de l’état clinique de chaque patient et la connaissance des médicaments utilisés sont importantes. Sur base de cela, une évaluation des risques est réalisée (classification ASA – American Society of Anesthesiologists (ASA) physical status and classifications scale) et un protocole de sédation/anesthésie individuel sur mesure peut être appliqué au patient (6).

Les lignes directrices générales pour l’anesthésie peuvent être consultées via les liens suivants :


Bibliographie

  1. Bietrix J., Begon E., Demay F., Laurentie S. - 2021 - Usage des anesthésiques alpha2-agonistes chez le spitz nain : pas de contre-indication particulière chez les chiens en bonne santé La Dépêche Vétérinaire N°1577
  2. Warne, L.N. Bauquier S. H., Neckd D., Swinneye G. - 2018 - Standards of care, Anaesthesia guidelines for dogs and cats. Australian Veterinary Journal Volume 96 No 11
  3. Mosing M. - 2016 - General principles of perioperative care. BSAVA Manual of canine and feline anaesthesia and analgesia, 3rd Ed.; p.13-23.
  4. Grubb T., Sager J., Gaynor J.S., Montgomery E., Parker J.A., Shafford H. Tearney C. - 2020 - 2020 AAHA Anesthesia and monitoring guidelines for dogs and cats. J Am Hosp Assoc 56,
  5. Redondo J.H., Suesta P., Serra I., Soler C., Soler G., Gil L. - 2012 - Retrospective study of the prevalence of postanaesthetic hypothermia in dogs. Vet Rec.
  6. Posner L.P. - 2016 - Pre-anesthetic assessment and preparation. BSAVA Manual of canine and feline anaesthesia and analgesia, 3rd Ed.; p.6-12.

*Anses-ANMV : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail-Agence nationale du médicament vétérinaire.

**En 2020, 21 notifications ont été envoyées en Belgique pour des chiens suite à l'administration d'un médicament vétérinaire agissant sur le système nerveux (voir Rapport Pharmacovigilance 2020), 26 ont été envoyées en 2019 (voir Rapport Pharmacovigilance 2019). (Les chiffres pour 2021 ne sont pas encore publiés).