Folia Veterinaria

Risque de mortalité chez les chevaux soumis à une anesthésie générale

datum publicatie: 27-02-2026
Espèce cible
cheval non prod d'aliments
cheval prod de lait
Indication
anesthésie générale
Substance active
isoflurane
kétamine
acépromazine
Sujets
Anesthésie

Une anesthésie générale comporte toujours des risques de complication et de mortalité. 

Les premiers résultats d’une étude à grande échelle sur le risque de mortalité des chevaux subissant une anesthésie générale ont été publiés en 2002 (2).

Vingt ans plus tard, Gozalo-Marcilla et al. (2025) (1) ont à nouveau analysé ce risque et ils ont publié les résultats actuels de leur étude sur 47.396 chevaux et poneys dans :

Cette étude et ses principaux résultats sont abordés ci-dessous.

Résumé

  • Le taux de mortalité général en cas d’anesthésie générale est de 1,2% (1,9% en 2002).
    • Taux de mortalité chez les chevaux « non en coliques » : 0,6% (1% en 2002).
    • Taux de mortalité chez les chevaux « en coliques » : 4,2% (7,8% en 2002).
  • La mort survient généralement pendant la récupération (42,3%) et au cours des 7 premiers jours suivant l’anesthésie (40,3%) – la mortalité pendant l’anesthésie est sensiblement plus faible (12,9%). Voir aussi Tableau 1.
  • La mort chez les chevaux « non en coliques » est causée par des :
    • Fractures pendant la récupération (35,7%).
    • Complications abdominales (18,1%).
    • Troubles du système nerveux central (13,2%).
  • Facteurs associés à un taux de mortalité plus faible :
    • Monitoring des paramètres physiologiques pendant l’anesthésie
    • Analgésie péri-opératoire avec une association d’AINS et d’opioïdes (agonistes partiels).
    • Administration d’agonistes alpha-2, éventuellement avec de l’acépromazine juste avant la récupération.
  • Facteurs associés à un taux de mortalité plus élevé :
    • Gestation, chevaux âgés, maigres ou en mauvais état général, opérations d’urgence, de moins d’une heure ou de plus de deux heures.
    • Perfusion de kétamine pendant la phase d’entretien de l’anesthésie.
  • Un meilleur monitoring pendant l’anesthésie et un protocole d’anesthésie adapté peuvent réduire le taux de mortalité en pratique vétérinaire.
  • Avec ces résultats, le vétérinaire peut évaluer le risque de mortalité chez les chevaux soumis à une anesthésie générale plus précisément et l’aborder en détail avec le propriétaire.
  • Les auteurs ont annoncé une étude sur les chevaux « en coliques » et d’autres facteurs.

L'étude

  • L’étude analyse la mortalité péri-opératoire chez les chevaux sous anesthésie générale (= mort jusqu’à 7 jours après l’anesthésie) et les facteurs de risque impliqués.
  • Il s’agit d’une étude de cohortes prospective, observationnelle et confidentielle au cours de laquelle plusieurs centres ont partagé, de manière standardisée, leurs données sur tous les cas de mortalité observés sur une période déterminée. Les données ont été partagées via un questionnaire électronique détaillé, avec 249 variables concernant la description du cheval, la pratique anesthésique et le décès.
  • Les interventions ont été classées comme « non coliques » (hernie ombilicale, examen diagnostique comme un CT-scan, chirurgie orthopédique, castration, etc) et « coliques » (chirurgies abdominales d’urgence, dont coliques, césarienne et rupture de la vessie).
  • Les critères d’évaluation sont définis comme « vivant » (vivant au 7ème jour suivant l’anesthésie), « euthanasie » (mort ou euthanasie non liée à l’anesthésie, par exemple une blessure inopérable) ou « mort » (mort imprévue ou euthanasie suite à des complications péri-opératoires).
  • L’influence des différentes variables sur la mortalité a été étudiée au cours d’une analyse de régression logistique.
  • Malgré les précautions requises, plusieurs éléments ont pu biaiser les résultats : erreurs humaines lors du remplissage du questionnaire, incertitude quant à l'exhaustivité des déclarations par centre, incertitudes quant à la classification du critère d’évaluation dans certains cas et, enfin, centres non choisis au hasard.

Les résultats

L’étude a analysé les données anonymisées de 47.396 chevaux soumis à une anesthésie générale entre le 1er novembre 2020 et le 30 juin 2023, dans 93 centres répartis dans 28 pays, dont 4 centres en Belgique. Une régression logistique a été effectuée avec les données de 44.724 cas (rapports complets pour les critères d’évaluation « vivant » et « mort » - les rapports classés comme « euthanasie » n’ont pas été pris en compte).

Le taux de mortalité atteignait :

  • En général : 1,2% (549 “morts », 44.187 « vivants », 2.660 « euthanasies ») (1,9% en 2002).
  • Pour les interventions « coliques » : 4,2% (7,8% en 2002).
  • Pour les interventions « non coliques » : 0,6% (0,9% en 2002).

La mort survenait généralement pendant la récupération (42,3%) et au cours des 7 premiers jours suivant l’anesthésie (40,3%), principalement lors des 2 premiers jours (23,9%). Lors des phases d’entretien (12,9%), de prémédication (0,5%) et d’induction (4,0%), les décès étaient plus rares. Les chevaux « en coliques » étaient relativement plus nombreux à mourir lors de la phase d’induction et pendant l’anesthésie. Voir Tableau 1.

Mortalité péri-opératoire des chevaux après une anesthésie générale, d’après Gozalo-Marcilla et al. (2025)

L’amélioration des soins péri-opératoires pour les chevaux « en coliques » chez le vétérinaire ou dans les cliniques de référence a joué un rôle important, selon les auteurs, dans la baisse du taux de mortalité de cette catégorie entre 2002 et 2025. Toutefois ce taux restait important chez les chevaux « en coliques » : 33% si l’on compte aussi la mort par « euthanasie ». Les facteurs qui influencent la mortalité chez ces chevaux seront évoqués dans une publication ultérieure.

Les fractures pendant la phase de récupération (35,7%), les complications abdominales (18,1%), les troubles du système nerveux central (13,2%) et les complications cardiovasculaires (11,5%) étaient les principales causes de mortalité pour les interventions « non coliques ».

Les médicaments influencent le risque de mortalité

L’influence des médicaments a été analysée par régression logistique. Les résultats sont résumés ci-dessous.

Pour la prémédication, c’est presque toujours un agoniste alfa-2 qui a été utilisé (97,7%), seul (18,9%) ou combiné à l’acépromazine (10,2%) ou à un opioïde (34,7%), ou avec de l’acépromazine et un opioïde (33,9%). Par comparaison à l’absence d’analgésie péri-opératoire, l’utilisation d’opioïdes (agonistes partiels) combinés à des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) était associée à un risque de mortalité moindre. L’utilisation d’opioïdes (agonistes complets) et d’un AINS était associée à un taux de mortalité accru, bien que ce ne soit pas significatif. Voir Figure 1.

Régression logistique (95% IC, valeur p), d’après Gozalo-Marcilla et al. (2025)

Figure 1 : Régression logistique (95% IC, valeur p), d’après Gozalo-Marcilla et al. (2025).
Forestplot du modèle de régression logistique pour le risque de mortalité péri-opératoire, selon Gozalo-Marcilla et al (2025). La ligne verticale interrompue représente un odds ratio (OR) de 1,0. La catégorie de référence de chaque variable est la première catégorie. Lorsqu’une catégorie prédictive tombe sur la ligne pointillée, cela signifie qu’il n’y a pas de différence significative dans les odds des catégories de résultats entre le niveau de référence du facteur prédictif et les autres niveaux (p>0,05). Les OR à droite de la ligne pointillée indiquent un risque de décès accru alors que ceux à gauche de la ligne indiquent un effet protecteur. Au plus l’OR est éloigné de la ligne, au plus le lien entre la catégorie prédictive et les catégories de résultats est fort.
L’abscisse est en échelle logarithmique (95% d’intervalle de confiance).

Pour la plupart des interventions, une combinaison de benzodiazépines et de kétamine (84,3%) a été administrée pendant l’induction.

Pour l’entretien, les anesthésiques ont été utilisés le plus souvent en inhalation (93,4%), avec principalement de l’isoflurane (81,3%). Une étude ultérieure analysera l’anesthésie en intraveineuse complète.

La diminution conséquente des complications cardiovasculaires entre 2002 et 2025 (de 33,2% à 11,5%) peut être attribuée, selon les auteurs, à l’arrêt de l’utilisation de l’halothane au profit de l’isoflurane, dont les effets indésirables cardiaques sont moindres.

Une autre conséquence possible de l’arrêt de l’halothane consiste en la disparition de l’effet positif de l’acépromazine sur le risque de mortalité. Un précédent rapport pointait un effet positif de l’acépromazine qui n’apparaît plus dans ce rapport-ci. Il est possible que l’acépromazine compensait l’impact négatif de l’halothane sur le cœur.

Les anesthésiques en inhalation étaient souvent (64,3%) combinés à une perfusion intraveineuse (perfusion à débit constant – CRI) d’alfa-2-adrénergiques (37,4%), de kétamine (12,2%) ou de lidocaïne (14,7%). Par comparaison à l’absence de CRI, seule la CRI de kétamine était associée à un risque de mortalité plus élevé. La kétamine peut causer une excitation nerveuse, avec un impact négatif sur la récupération. Des études complémentaires sont nécessaires pour établir la manière dont la dose et le timing de la CRI de kétamine influencent la récupération.

Pour la récupération, ce sont surtout des agonistes alfa-2 qui ont été utilisés (65,0%). Dans plus d’un quart des cas (26,3%), aucun médicament n’a été administré pendant cette phase. Par comparaison à l’absence de médication, une faible dose d’agoniste alfa-2 (seul ou combiné à l’acépromazine), administrée juste avant la récupération, était associée à un moindre risque de mortalité, vraisemblablement grâce à une meilleure récupération.

Autres facteurs qui influencent le risque de mortalité

Outre l’influence des médicaments, d’autres facteurs ont été analysés par régression logistique, ce qui est résumé ci-dessous.

Comparés à de jeunes (1-5 ans) hongres en bonne santé, les juments gestantes, les chevaux maigres (score de condition physique 1/3), âgés (>14 ans) ou en mauvais état général (classe ASA II à V de l’American Society of Anesthesiologists) étaient exposés à un risque de mortalité plus élevé. Par rapport à des opérations planifiées de 1 à 2 heures, les opérations d’urgence, de moins d’une heure ou de plus de deux heures étaient associées à un risque de mortalité plus élevé. Une longue anesthésie augmente le risque d’apport sanguin tissulaire appauvri et de myopathie. Le fait que les interventions courtes soient aussi associées à plus de risques est attribué au fait que celles-ci incluent également la mortalité lors de la phase d’induction et probablement à la supposition erronée que les interventions courtes requièrent moins de préparation, de monitoring et de soutien cardiopulmonaire.

Comparé à l’absence de monitoring, la surveillance de la température corporelle et des gaz sanguins, la capnographie (CO2 de fin d’expiration) et la mesure invasive de la pression artérielle étaient associées à un moindre risque de mortalité.

La mesure du lactate plasmatique était associée à un risque de mortalité accru, non pas parce que le monitoring du lactate était problématique en soi mais parce qu’il était plus souvent effectué chez des chevaux à haut risque anesthésique. Selon les auteurs, le monitoring du lactate ne doit pas être considéré comme contre-indication.

Conlusion du CBIP

Sur les résultats de cette étude

Dans cette étude, outre les “coliques” (définies ici comme les interventions abdominales d’urgence), ce sont surtout des facteurs propres au cheval et aux circonstances de l’intervention qui étaient associés à un risque de mortalité accru.

Bien que des analyses supplémentaires soient actuellement en cours, les résultats actuels montrent qu’un monitoring adéquat pendant l’anesthésie et un protocole adapté peuvent diminuer le risque de mortalité en pratique vétérinaire.

En tant que vétérinaire, vous pouvez vous baser sur ces résultats pour estimer plus précisément le risque de mortalité des chevaux soumis à une anesthésie générale et l’aborder plus en détail avec le propriétaire.

Sur la méthodologie de l’étude

Cette étude de cohortes prospective, observationnelle, multicentrique donne un aperçu réaliste et mondialement représentatif de la mortalité péri-opératoire équine. La régression logistique a permis d’identifier des facteurs de risque cliniquement pertinents, qui peuvent être liés à la mortalité.

Les résultats se basent sur les données de pratique quotidienne de plusieurs centres, ce qui donne une validité externe élevée. Cependant, extrapoler ces résultats à la situation de chaque pratique vétérinaire demande de prendre en compte plusieurs sources de biais potentielles. Par exemple, les résultats peuvent être biaisés par le fait que ce sont majoritairement des centres bien équipés ou spécialisés qui ont voulu participer à l’étude.

L’interprétation des résultats doit aussi tenir compte de facteurs confondants, qui peuvent conduire à une conclusion erronée. Ainsi, la mesure du lactate n’est pas une cause de mortalité mais elle est associée à un taux de mortalité plus élevé car elle est surtout effectuée chez des animaux gravement malades, qui ont un risque de mortalité intrinsèque plus élevé.

Il reste difficile de déterminer si et dans quelle mesure l’adaptation d’un facteur isolé aura une influence sur le taux de mortalité dans une pratique vétérinaire particulière.

Le niveau de preuve d’une étude observationnelle est plus faible que celui d’une étude clinique randomisée bien conçue (RCT), qui permet d’investiguer un lien de cause à effet, mais, pour un sujet comme celui-ci, ce serait contraire à l’éthique et plus compliqué à réaliser. Néanmoins, étant donné sa nature prospective, son grand nombre de cas (47.396 chevaux), les facteurs définis à l’avance et sa période de suivi, cette étude offre des informations épidémiologiques fiables sur des facteurs cliniquement pertinents.


Références

  1. Gozalo-Marcilla M, Redondo JI, Bettschart-Wolfensberger R, Domenech L, Doménech J, Johnston GM, Taylor PM. The Confidential Enquiry into Perioperative Equine Fatalities: phase 4 (CEPEF4) - a worldwide observational, prospective, multicentre cohort study in 2025. Vet Anaesth Analg. 2025 Sep-Oct;52(5):525-538. doi: 10.1016/j.vaa.2025.06.005. Epub 2025 Jun 16. PMID: 40695694.
  2. Johnston GM, Eastment JK, Wood J, Taylor PM. The confidential enquiry into perioperative equine fatalities (CEPEF): mortality results of Phases 1 and 2. Vet Anaesth Analg. 2002 Oct;29(4):159-170. doi: 10.1046/j.1467-2995.2002.00106.x. Epub 2016 Nov 15. PMID: 28404360.