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Chien mordu par un chien : les antiseptiques permettent-ils d’éviter les antibiotiques ?

datum publicatie: 25-06-2026
Espèce cible
chien
Indication
infection bactérienne - peau
Substance active
amoxicilline
acide clavulanique
Sujets
Antibiotiques
Antiseptiques
Résistance

Les morsures de chien sont des blessures régulièrement rencontrées aux urgences vétérinaires. Dans la majorité des cas, ces plaies sont contaminées par diverses espèces bactériennes et leur traitement s’accompagne très souvent d’une antibioprophylaxie, ce qui augmente le risque d’antibiorésistance (Griffin & Holt, 2001).

Une étude (Peters et al, 2026) a tenté de déterminer si une désinfection (antiseptiques) rapide et efficace des morsures permettait d’éviter l’utilisation prophylactique d’antibiotiques. Au cours d’un essai clinique randomisé sur des chiens mordus par d’autres chiens, les chercheurs ont testé deux antiseptiques (polyhexanide-biguanide et acide hypochloreux).

Messages-clés

  • La gravité des morsures impacte le taux de complications en l’absence d’antibioprophylaxie. Des antibiotiques prophylactiques, en association avec des antiseptiques, restent nécessaires en cas de morsure sévère mais pourraient être évités pour les morsures moins graves car leur administration ne semble pas favoriser la guérison.
    • La portée de l’étude reste cependant limitée, étant donné la petite taille de l’échantillon analysé.
  • Les espèces bactériennes prélevées dans les plaies, dont certaines étaient multi-résistantes, étaient variées, y compris sur un même individu blessé à plusieurs endroits. Les cultures microbiennes restent donc indispensables lors du traitement de telles blessures, en particulier dans un contexte de lutte contre l’antibiorésistance.
  • Le polyhexanide-biguanide et l’acide hypochloreux ont tous deux permis de réduire la contamination bactérienne des morsures :
    • Leur potentiel désinfectant, évalué par le biais d’examens microbiologiques pratiqués avant et après traitement, était équivalent mais l’acide hypochloreux pourrait être plus pratique à utiliser (gaze trempée 5 minutes dans la solution contre 15 minutes pour le polyhexanide-biguanide).
    • Ils ne sont pas enregistrés comme médicaments (vétérinaires) et peuvent être commandés en ligne.
    • Il convient de noter que l’isobétadine, un antiseptique couramment utilisé, n’a pas été testée lors de cette étude.

L'étude et ses résultats

La méthodologie en bref

Pour leur essai clinique randomisé, Peters et al. (2026) ont inclus 34 chiens mordus par un autre chien, pour un total de 51 morsures nécessitant une intervention chirurgicale (certains chiens avaient plus d’une morsure). Seuls les chiens dont le suivi était complet (jusqu’au retrait des sutures) ont été considérés dans l’analyse. Les chiens atteints de comorbidités systémiques sévères ont été exclus.

Les chercheurs ont utilisé la classification de Griffin & Holt (2001) pour catégoriser la gravité des morsures :

  • Classe 1 : lacération (plaie aux bords irréguliers, >10 mm de long) sans pénétration du derme.
  • Classe 2 : lacération avec pénétration du derme.
  • Classe 3 : plaie perforante (plaie de <10 mm de long) avec pénétration du derme.
  • Classe 4 : lacération ou plaie perforante avec avulsion des tissus sous-jacents et espace mort.

La Figure 1 résume le protocole de l’étude.

Résumé du protocole de l’étude de Peter et al. (2026).Résumé du protocole de l’étude de Peter et al. (2026).


Figure 1. Résumé du protocole de l’étude de Peter et al. (2026).
* Amoxicilline-acide clavulanique 12,5 mg/kg iv puis po pendant 7 jours
Ac= acide.

Un suivi a été effectué 4 jours et 10-12 jours (retrait des sutures) après la chirurgie via des visites de contrôle ou un entretien téléphonique avec le vétérinaire traitant ou le propriétaire de l’animal.

Les résultats

Contamination bactérienne

Le taux de contamination bactérienne a diminué de manière significative au cours du temps :

  • Au premier prélèvement, 82% des 51 morsures étaient contaminées.
  • Au deuxième prélèvement, 60% des 51 morsures étaient contaminées.
  • Au troisième prélèvement, 49% des 51 morsures étaient contaminées.

Par contre, aucune différence significative, en termes de réduction de contamination, n’a été établie entre les Groupes A, B et C.

Au total, 67 espèces de bactéries ont été identifiées, dont les principales étaient :

  • Staphylococcus spp.
  • Pasteurella spp.
  • Streptococcus spp.
  • Neisseria spp.

Complications

La plupart des chiens ont été soignés rapidement après avoir été mordus :

  • 21 dans les 8 h suivant la morsure,
  • 5 entre 8 et 24 h après la morsure,
  • 8 après plus de 24 h.

La durée de ce délai, la localisation et le nombre de morsures n’ont pas été associés à l’occurrence de complications.

Des complications ont été détectées dans 8 morsures :

  • 5 morsures avec des complications mineures (pas d’intervention nécessaire), dont une ayant développé des complications majeures par la suite.
  • 4 morsures avec des complications majeures (intervention chirurgicale nécessaire).
  • Streptococcus spp. et Pasteurella spp. ont été détectés dans 6/8 morsures.
  • Staphylococcus pseudintermedius a été détecté dans 5/8 morsures.

Bactéries multi-résistantes

Des bactéries multirésistantes ont été détectées dans 21 des 51 morsures (41%), chez 14 chiens au total, dans au moins 1 des 3 prélèvements. Ces bactéries étaient significativement plus fréquentes dans les morsures situées sur les extrémités que dans les morsures situées sur le tronc, la tête ou la nuque. 

Le traitement des morsures contenant de telles bactéries a dû être adapté plus souvent (7/21 morsures) que pour les morsures sans bactéries multirésistantes (différence significative). Chez 2 chiens (6 morsures), cela a nécessité l’utilisation de marbofloxacine.

La présence de bactéries multirésistantes n’a pas pu être liée au développement de complications, mineures ou majeures, ou à un retard de cicatrisation.

Antibioprophylaxie nécessaire ?

Sept chiens (1 morsure chacun) avaient été assignés au groupe ne recevant pas d’antibioprophylaxie, et donc uniquement un antiseptique. 

Sur les 8 morsures ayant développé des complications, 5 (3 avec complications mineures, 2 avec complications majeures) appartenaient à ce groupe. Etant donné le taux élevé de complications dans ce groupe, seuls les chiens avec des morsures mineures ont été gardés dans ce groupe.

Sur les 7 morsures de ce groupe, 4 étaient de classe 2 et 3 de classe 4, selon la classification de Griffin & Holt (2001). Les 3 morsures de classe 4 ont développé des complications. Contrairement aux morsures de classe 2, une augmentation significative des complications et des retards de cicatrisation ont pu être associés à l’absence d’antibioprophylaxie pour les morsures de classe 4, ce qui tend à montrer qu’une antibioprophylaxie reste nécessaire en cas de morsure sévère.

Commentaire du CBIP

L’hypothèse de Peters et al. (2026) selon laquelle une désinfection rapide et efficace permettrait d’éviter l’antibioprophylaxie a dû être rejetée. Ainsi, Peters et al. (2026) ont observé un taux de complications élevé dans le groupe ne recevant pas d’antibioprophylaxie et que ce taux dépendait de la gravité des morsures. Il semble donc qu’une antibioprophylaxie reste nécessaire en cas de morsure sévère (classe 4). L’antibioprophylaxie pourrait, par contre, être évitée en cas de morsure moins grave (classe 2) car elle ne semble pas favoriser la guérison.
Ces résultats doivent cependant être interprétés avec prudence, étant donné le faible nombre de chiens dans ce groupe (7) et au sein de l’étude en général (34), et le faible taux de complications (8 morsures) dans l’étude. De plus, certaines complications ont pu ne pas être rapportées, notamment lorsque le suivi a eu lieu par entretien téléphonique avec le propriétaire. Poursuivre les recherches dans ce domaine reste donc indispensable.

Les espèces bactériennes prélevées dans les plaies se sont révélées variées, y compris sur un même individu blessé à plusieurs endroits, et des bactéries multi-résistantes ont été détectées dans plus de 40% des plaies, entraînant, dans certains cas, l’utilisation d’un antibiotique d’importance critique. Cela souligne l’importance des cultures microbiennes lors du traitement de telles blessures, en particulier dans un contexte de lutte contre l’antibiorésistance.
Les auteurs n’ont établi aucune corrélation entre bactéries multi-résistantes et complications mais les causes ne sont pas claires, ce qui nécessite d’autres études.

L’étude a montré que le taux de contamination des plaies causées par une morsure de chien était élevé mais qu’un traitement chirurgical et antiseptique adéquat permettait de diminuer ce taux de manière significative

Les 2 antiseptiques étudiés étaient équivalents en termes de réduction de contamination. L’acide hypochloreux pourrait cependant être plus pratique à utiliser car la gaze utilisée pour la désinfection ne doit être trempée que 5 minutes dans la solution, contre 15 minutes pour le polyhexanide-biguanide.
Ces 2 produits ne sont pas enregistrés comme médicaments (vétérinaires) et peuvent être commandés en ligne.
Il convient de noter que l’isobétadine, un antiseptique couramment utilisé, n’a pas été testée lors de cette étude.


Références