Folia Veterinaria

Quels antimicrobiens pour traiter une pyodermite canine ?

datum publicatie: 27-03-2026
Espèce cible
chien
Indication
infection bactérienne - peau
désinfection de la peau
Antibiotiques - infection bactérienne
Substance active
chlorhexidine
acide fusidique
néomycine (framycétine)
amoxicilline
acide clavulanique
céfalexine
clindamycine
lincomycine
céfovécine
enrofloxacine
marbofloxacine
Sujets
Pyodermite
Antibiotiques
Antiseptiques

Messages-clés

Loeffler et al. (2025) ont effectué une revue systématique de la littérature scientifique pour le traitement antimicrobien des pyodermites canines. 

De cette étude, il ressort que :

  • La pyodermite étant une infection secondaire, il importe de considérer en premier lieu la cause primaire de l’affection cutanée.
  • Le traitement de choix pour les pyodermites de surface et la plupart des pyodermites superficielles consiste en l’application d’un antiseptique topique.
  • Les pyodermites profondes et les pyodermites superficielles réfractaires aux traitements topiques doivent être traitées avec des antibactériens systémiques (culture bactérienne et tests de sensibilités indispensables).
  • Aucune preuve scientifique ne soutient l’usage d’un traitement systémique après la résolution des signes cliniques associés à l’infection.

Le traitement dépend du type de pyodermite

La pyodermite étant une infection secondaire, il importe de considérer en premier lieu la cause primaire de l’affection cutanée. Les principales causes primaires sont :

  • un traumatisme (ex. abrasion, coupure)
  • une infestation par un ectoparasite
  • une atopie
  • une cornification altérée et/ou certaines pathologies systémiques (ex. endocrinopathie, néoplasie)

Les pyodermites canines sont classées selon la profondeur de l’infection :

  • La pyodermite de surface est limitée à la couche cornée et/ou à l’ostium folliculaire, sans atteinte du follicule pileux.
  • La pyodermite superficielle correspond à une infection de l’épiderme avec atteinte du follicule pileux, sans extension au derme profond.
  • La pyodermite profonde atteint le follicule avec rupture et s’étend au derme profond, voire à l’hypoderme.
  • Le germe le plus fréquemment impliqué est Staphylococcus pseudintermedius ; des infections polymicrobiennes sont possibles dans les formes profondes.

Pour plus d’informations sur les différents types de pyodermites, voir Loeffler et al. (2025), chapitre 2 « Types of canine pyoderma and bacterial pathogens ».

Force des recommandations (SOR)

Loeffler et al. (2025) ont évalué les études scientifiques sélectionnées afin d’établir des recommandations de force variable en se basant sur le système Strength of Recommendation Taxonomy (SORT) (Tableau 1).

Description des niveaux des études scientifiques analysées par Loeffler et al. (2025) et de la force des recommandations qui en découlent, selon le système Strength of Recommendation Taxonomy (SORT)

Pyodermite de surface

Pour une pyodermite de surface, le traitement de choix consiste en l’utilisation d’un antimicrobien topique (SOR A), en priorité un antiseptique (Tableau 2). Si des antibiotiques topiques s’avéraient nécessaires, ils devraient être utilisés sur base d’une analyse cytologique et d’un antibiogramme, en notant que les applications topiques ne garantissent pas le maintien de concentrations efficaces au niveau du site infectieux.
Une application quotidienne ou biquotidienne du produit sera nécessaire. Des lingettes ou un gel seront indiqués en cas d’intertrigo et les shampooings ou les sprays seront privilégiés si les zones de peau concernées sont étendues.

Antimicrobiens topiques recommandés par Loeffler et al. (2025) pour le traitement de la pyodermite de surface canine

Si les lésions sont douloureuses (ex. dermatite pyotraumatique), l’analgésie doit être envisagée pour faciliter le traitement.

Les antimicrobiens topiques peuvent être combinés à des glucocorticoïdes topiques ou systémiques (max 5-7 jours pour ces derniers) (SOR A) ou à des médicaments antiprurigineux si une cause primaire inflammatoire ou prurigineuse a été identifiée.
Les glucocorticoïdes comportant un risque d’immunosuppression, un traitement de courte durée, avec une préparation de faible puissance est à privilégier (voir aussi article Folia de 2023).

Une résolution clinique de la pyodermite de surface peut être attendue dans les 7 à 14 jours de traitement.

Un traitement antiseptique peut être utilisé à long terme, de manière proactive en cas d’antécédents, si les causes primaires ne peuvent pas être traitées et s’il y a un risque de récurrence. Cependant, les preuves scientifiques à ce sujet sont faibles (force de la recommandation : SOR C).

Pyodermite superficielle

En cas de pyodermite superficielle, un traitement antimicrobien topique (antiseptique) reste le traitement de première intention (SOR A) (Tableau 3). Le vétérinaire évaluera la réponse au traitement après 2-3 semaines. Les études cliniques analysées par Loeffler et al. (2025) ont montré une résolution des lésions après 3-4 semaines de traitement, avec une amélioration dans les 1 à 2 semaines. Le traitement antiseptique doit être maintenu jusqu’à ce que les lésions soient résolues et que les causes primaires soient traitées.

Antimicrobiens topiques recommandés par Loeffler et al. (2025) pour le traitement de la pyodermite superficielle canine

Un traitement antimicrobien systémique devrait être réservé aux cas qui ne répondent pas au traitement topique (amélioration insuffisante après 2 semaines) ou si un traitement topique est impossible. La substance active doit être choisie sur base d’une analyse bactérienne et de tests de sensibilité (Tableau 4).

Le traitement systémique peut être administré pendant 2 semaines pour commencer, avec une réévaluation du vétérinaire avant la fin de ces 2 semaines si possible (SOR C). Sans amélioration dans les 5 à 7 jours (folliculite bactérienne superficielle), la réévaluation devra se faire plus tôt. Un traitement antimicrobien topique concomitant peut diminuer la durée du traitement systémique mais les preuves scientifiques restent faibles (SOR C).

Aucune preuve ne soutient l’usage d’un traitement systémique après la résolution des signes cliniques associés à l’infection (disparition des lésions primaires de la pyodermite). 

Tout comme pour la pyodermite de surface, un traitement antiseptique topique peut être utilisé à long terme lorsque les causes primaires ne peuvent pas être traitées ou en cas de risque de récidive.

Pyodermite profonde

Une pyodermite profonde nécessite toujours un traitement antibactérien systémique, dont la substance active sera basée sur une analyse bactérienne et des tests de sensibilité (Tableau 4). Ces recommandations ne tiennent pas compte de la cinétique des médicaments antimicrobiens. Un traitement antimicrobien topique concomitant, si le chien ne souffre plus, peut faciliter la guérison mais les preuves scientifiques restent faibles (SOR C).

Antibactériens systémiques de premier et second choix recommandés par Loeffler et al. (2025) pour le traitement des pyodermites superficielles réfractaires aux traitements topiques, et des pyodermites profondesAntibactériens systémiques de premier et second choix recommandés par Loeffler et al. (2025) pour le traitement des pyodermites superficielles réfractaires aux traitements topiques, et des pyodermites profondes

Un traitement initial de 3 semaines peut être envisagé, avec une réévaluation du vétérinaire avant le terme de ces 3 semaines. Si les signes cliniques s’améliorent, le traitement pourra être poursuivi, avec une réévaluation toutes les 2 semaines. Sans amélioration, les tests de sensibilité doivent être réeffectués (résistance possible). Selon les auteurs, il est très rare qu’un traitement systémique > 6 semaines soit nécessaire ; des anti-inflammatoires (ex. prednisolone, ciclosporine), s’ils sont appropriés, peuvent remplacer les antimicrobiens dans le traitement des lésions cutanées.
Les preuves scientifiques de haute qualité concernant la durée du traitement d’une pyodermite profonde sont rares. Les chiffres donnés ici relèvent donc d’un consensus entre les auteurs de cette revue systématique.

Le traitement systémique peut être arrêté lorsque les lésions cutanées sont résolues et qu’il n’y a plus de preuve cytologique de l’infection. Aucune preuve ne soutient l’usage d’un traitement systémique après la résolution des signes cliniques. 

Tout comme pour les deux autres types de pyodermite, un traitement antiseptique topique peut être utilisé à long terme lorsque les causes primaires ne peuvent pas être traitées ou en cas de risque de récidive.

Si le chien montre des signe de douleur, un traitement analgésique doit être considéré.

Commentaire du CBIP

L’étude de Loeffler et al. (2025) offre des informations utiles au vétérinaire quant au traitement antimicrobien des différents types de pyodermites. 

Ces recommandations résultent d’une revue systématique bien menée, ce qui favorise la transparence quant à la méthodologie utilisée. Les auteurs fournissent également le niveau de preuve associé à la plupart des recommandations fournies (le niveau de preuve n’est pas toujours spécifié).

Si plusieurs recommandations reposent sur des niveaux de preuve élevés ou modérés, d’autres se basent toujours sur des preuves scientifiques de qualité moindre, ce qui souligne la nécessité de poursuivre les investigations dans ce domaine. C’est notamment le cas pour la durée des traitements systémiques et l’usage concomitant d’antimicrobiens systémiques et topiques.

Certaines substances actives ne sont pas disponibles en Belgique sous forme topique, telle que recommandée par Loeffler et al. (2025), et n’ont pas forcément les pyodermites comme indication, ce qui peut compliquer l’extrapolation de ces résultats au contexte belge. Aucun antibiotique topique belge n’est indiqué pour les pyodermites de surface, dont les antiseptiques constituent le traitement de référence. 
A l’inverse, 2 antibiotiques topiques belges (acide fusidique combiné à la bétaméthasone) sont indiqués pour les pyodermites superficielles mais aucune « force » (SOR) n’a pu être associée à cette recommandation. Un autre antibiotique topique belge (clindamycine) est indiqué pour la pyodermite interdigitale superficielle mais Loeffler et al. (2025) ne parlent pas de cette substance active lorsqu’elle est destinée à un usage cutané.

De même, les recommandations posologiques de Loeffler et al. (2025) pour les antibactériens systémiques ne correspondent pas toujours aux informations fournies dans les notices/RCP des médicaments disponibles en Belgique. Certaines notices/RCP ne reprennent pas les pyodermites dans leurs indications, qui sont parfois très vagues (voir aussi : Vade-mecum de l’AMCRA sur la pyodermite canine). 

Pour s’assurer que des concentrations efficaces en antibiotiques peuvent être atteintes au niveau du site infectieux, il est impératif de se tourner en premier lieu vers les médicaments ayant les pyodermites citées explicitement dans les indications du RCP.

Enfin, les lignes directrices de Loeffler et al. (2025) soulignent l’importance d’effectuer des cultures bactériennes, des tests de sensibilité et une analyse cytologique avant d’utiliser un antibactérien. C’est d’autant plus important que certains des antibactériens systémiques recommandés en second choix sont considérés comme étant d’importance critique (fluoroquinolones, céphalosporines de 3ème et 4ème génération, code AMCRA rouge) et ne peuvent être utilisés qu’en cas de résistance aux antimicrobiens non critiques (voir aussi Conditions d'utilisation des antibiotiques d'importance critique).


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