Folia Veterinaria

Certaines gouttes auriculaires suspectées d'être à l'origine de la kératoconjonctivite sèche neurogène chez le chien ?

datum publicatie: 23-02-2024
Espèce cible
chien
Indication
kératoconjonctivite sèche
otite
Substance active
florfénicol
terbinafine
mométasone furoate
bétaméthasone
Sujets
Pharmacovigilance

En 2022, Bercovitz et coll publient une étude qui vise à décrire les signes cliniques de chiens atteints d’une nouvelle forme de kératoconjonctivite sèche neurogénique (KCSn), qui serait secondaire à l’administration locale d’agents thérapeutiques à longue action contre l’otite externe, à savoir des combinaisons de florfénicol, terbinafine hydrochloride et mométasone furoate ou de florfénicol, terbinafine et bétaméthasone acétate. Deux spécialités sont disponibles en Belgique (Neptra, Osurnia). Les produits sont directement déposés dans le conduit auriculaire externe et sont absorbés au cours du temps, ce qui évite une administration quotidienne. 

La KCSn est une forme rare de dessèchement de la cornée et de la conjonctive causée par la perte d’innervation efférente de la glande lacrymale, alors qu’en général la maladie est d’origine immunitaire. La KCSn est décrite dans divers manuels (Garosi et coll, 2012; Webb et Cullen, 2021), et deux séries de 11 (Matheis et al, 2012) et de 34 (Galley et al, 2022) cas ont été publiées. Bercovitz et coll auraient identifié récemment des chiens présentant une KCSn dans les 24 heures qui suivent l’administration locale d’agents thérapeutiques à longue action contre l’otite externe. Ceux-ci, selon les auteurs, pourraient pénétrer au-delà du tympan, léser le nerf facial qui passe par l’oreille moyenne, et induire de la sorte une KCSn.

Cette étude descriptive rétrospective présente plusieurs faiblesses méthodologiques dont certaines sont admises et discutées dans la publication. En outre, le design expérimental n’est pas adéquat pour démontrer un lien de causalité entre les principes actifs mêmes, ou leur administration intra-tympanique, et la KCS, ni pour étudier le pronostic de cette maladie, ni pour en étudier l’incidence. Cependant, l’étude de Bercovitz et coll suggère que des effets indésirables de ces médications sont possibles. Les résumés des caractéristiques du produit (RCP) de Neptra et Orsunia, par ailleurs, mentionnent cet effet indésirable « qui serait très rare (1 animal sur 10000 traités) même sans qu’il y ait eu un contact entre le produit et l’œil ». En conséquence, quand une KCSn est suspectée chez le chien, il pourrait être utile de vérifier si l’animal n’a pas reçu préalablement de médication otique. Si c’est le cas, les vétérinaires et les pharmaciens sont invités à informer l’Agence Fédérale des Médicaments et des Produits de Santé via le formulaire en ligne.


Bibliographie

  • Bercovitz GR, Gaerig AM, Conway ED, Huey JA, Telle MR, Stavinohova R, Cherubini GB, Capasso A, Myrna KE. Long-lasting otic medications may be a rare cause of neurogenic keratoconjunctivitis sicca in dogs. J Am Vet Med Assoc. 2022 Nov 8;261(1):97-103. 

  • Galley AP, Beltran E, Tetas Pont R. Neurogenic keratoconjunctivitis sicca in 34 dogs: a case series. Vet Ophthalmol. 2022;25(2):140–152. 

  • Garosi LS, Lowrie ML, Swinbourne NF. Neurological manifestations of ear disease in dogs and cats. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2012;42(6):1143–1160. 

  • Matheis FL, Walser-Reinhardt L, Spiess BM. Canine neurogenic keratoconjunctivitis sicca: 11 cases (2006–2010). Vet Ophthalmol. 2012;15(4):288–290. 

  • Webb AA, Cullen CL. Neuro-ophthalmology. In: Gelatt KN, Ben-Shlomo G, Gilger BC, Hendrix DVH, Kern TJ, Plummer CE, eds. Veterinary Ophthalmology. 6th ed. Vol 2. Wiley Blackwell; 2021:2285–2286.