Folia Veterinaria

Rétention placentaire chez les bovins: quels sont les traitements utiles?

datum publicatie: 15-01-2011
Espèce cible
bovin
Indication
infection bactérienne - uro-génital
Substance active
ceftiofur
oxytocine
oxytétracycline
dinoprost
cloprosténol
alfaprostol
Sujets
Synthèse méthodique
EBM
Antibiotiques
Rétention placentaire

Review: Beagley JC, Whitman KJ, Baptiste KE, Scherzer J. Physiology and treatment of retained fetal membranes in cattle.
J Vet Intern Med. 2010 Mar-Apr;24(2):261-8.

On parle de “rétention placentaire” ou de “non délivrance” chez la vache lorsque le placenta n’a pas été expulsé dans les 12 heures post-partum. Après une mise bas normale, à terme, la rétention placentaire survient, en moyenne, chez 8% des bovins. Les processus hormonaux qui sont à l’origine d’une expulsion placentaire normale sont multifactoriels et interviennent dès avant la mise bas. Le risque de rétention placentaire est accru après une gestation ou une mise bas anormale. Cette pathologie peut avoir un impact économique pour l’éleveur, étant donné qu’elle peut être associée entre autres à une diminution de la fertilité et de la production laitière.

Dans leur article de synthèse, Beagley et al. ont rassemblé les preuves scientifiques disponibles dans la littérature permettant d’évaluer le bien-fondé des traitements usuels de cette pathologie.

Extraction manuelle du placenta

  • De nombreuses études scientifiques montrent que la délivrance manuelle n’a pas d’effet positif sur la fertilité ou la production laitière.
  • Des études prospectives ayant pour objectif de comparer les effets de la combinaison de la délivrance manuelle à une antibiothérapie intra-utérine associée, en cas de fièvre, à une antibiothérapie générale, avec ceux d’une antibiothérapie générale limitée aux animaux fébriles ont été réalisées. Aucune différence entre les deux groupes n'a été constatée en ce qui concerne la reproduction, suggérant ainsi l’inutilité de l’extraction manuelle et de l’antibiothérapie locale.
  • La délivrance manuelle augmente le risque d’infections intra-utérines, qui ont un impact négatif sur la fertilité. Bien qu’aucune preuve ne plaide en faveur de l’extraction manuelle du placenta, cette pratique reste assez fréquente, probablement du fait de la disparition des mauvaises odeurs et de son caractère hygiénique, ou perçu comme tel. L’hypothèse selon laquelle elle supprime une source potentielle d’infection et réduit les risques d'endométrite et de troubles de la fertilité semble erronée. Au contraire, les auteurs concluent sur base des données disponibles que l’extraction manuelle du placenta est une source de lésions de l’endomètre et des caroncules, qui, associées à l’inhibition de l’activité phagocytaire des leucocytes utérins, accroissent la probabilité de l’invasion bactérienne de l’utérus. Même lorsque le placenta est considéré comme totalement éliminé, l’examen macroscopique et microscopique révèle la présence de cotylédons encore attachés aux caroncules.

Antibiothérapie intra-utérine

  • La métrite post-partum est une conséquence assez commune de la rétention placentaire. L’antibiothérapie est souvent présentée comme un traitement préventif ou curatif de ces infections, exerçant de la sorte un impact favorable sur la fertilité. L’analyse de la bibliographie fait apparaître que :
  • Une réduction du risque de métrite, une amélioration de la fertilité, une accélération de l'expulsion du placenta ou une augmentation de la production laitière n’ont jamais été démontrées suite à l'administration intra-utérine d'antibiotiques sous forme de solution ou de bolus (oblets IU) à des vaches présentant une rétention placentaire.
  • L’antibiothérapie intra-utérine pourrait diminuer le risque de fièvre post-partum.
  • Des effets bénéfiques ont été récemment rapportés dans une étude, chez des vaches atteintes de métrites cliniques, vis-à-vis de la fonction reproductrice et de la lactation suite à l'administration de chlortétracycline 1.

Antibiothérapie générale

  • De l’analyse des études disponibles dans la littérature, il ressort que :
  • L’antibiothérapie systémique est perçue comme un traitement bénéfique en cas de fièvre associée à la rétention placentaire. L’absence de différence entre les animaux soumis à une antibiothérapie systémique et ceux subissant un traitement local et systémique est un argument en faveur du seul traitement systémique. Néanmoins, en absence d’animaux témoins, rien ne prouve que la guérison observée dans chaque groupe ne soit pas le résultat d’une évolution naturelle de la maladie.
  • Le traitement systématique de tous les animaux atteints de rétention placentaire avec du ceftiofur 1 , n'apporte aucun avantage en ce qui concerne la prévention de la fièvre, la délivrance ou la fertilité, comparé au traitement sélectif des animaux présentant de la fièvre.
  • L’antibiothérapie générale peut toutefois être utile pour le traitement de la métrite post-partum aiguë.
  • L'administration de ceftiofur 1 par voie intra-musculaire pourrait contribuer à la prévention de l'apparition des métrites aigues sans toutefois modifier la fertilité.

Traitement hormonal

  • Les prostaglandines (PG) et l’ocytocine sont perçues comme ayant un effet positif sur la délivrance en cas d’atonie utérine.
  • Outre le fait que l’atonie ne soit pas un facteur déterminant important de la rétention placentaire, de nombreuses études ne plaident pas en faveur de l’utilisation de ces deux hormones comme traitement de la rétention placentaire.
  • La PgF2alpha n’a aucun effet sur une rétention placentaire existante, ni sur la reproduction.
  • L’usage préventif d’ocytocine ou de PgF2alpha peu après la mise bas n’a pas d’effet sur la prévention de la rétention placentaire.
  • Lorsque la PgF2alpha est administrée après une césarienne, le placenta est expulsé dans les 12 heures post-partum dans 80% des cas traités, contre 58% chez les animaux non traités.

Perfusion de collagénase

  • La dégradation du collagène pourrait favoriser l’expulsion du placenta. L’administration intra-utérine de collagénase pourrait donc être une approche thérapeutique intéressante pour accélérer l’expulsion du placenta. Bien que les résultats d’une étude aillent en ce sens, l’impact de ce type de traitement sur les paramètres cliniques majeurs comme l’incidence des métrites, les performances laitière et de reproduction restent à explorer.

Facteurs liés à l’exploitation

  • L’impact de l’alimentation et du confort sur l’apparition des rétentions placentaires n’a été que peu étudié. L’importance d’une alimentation équilibrée et adaptée au stress imposé aux animaux à fortes productions s’est montrée efficace pour prévenir certaines maladies péri- et post-partum. L’apport adéquat de vitamine E et de sélénium pour la prévention de la rétention placentaire chez les vaches carencées a été préconisé dans la littérature.

Conclusions

Il apparaît que l’efficacité supposée de bon nombre de traitements de la rétention placentaire n’a jamais pu être démontrée et que certaines pratiques pourraient même avoir un effet négatif sur la fonction reproductrice.

L’extraction manuelle du placenta, l’antibiothérapie locale et les prostaglandines sont des traitements usuels de la rétention placentaire qui ne sont justifiés par aucune étude probante. Les prostaglandines F2alpha pourraient améliorer le taux d'expulsion placentaire en cas de césarienne.

L’administration systémique ou locale d’antibiotiques chez des vaches atteintes de métrites cliniques pourrait exercer un effet curatif.

En cas de fièvre, les preuves expérimentales actuellement disponibles tendent à justifier l’usage systémique du ceftiofur (IM) pour assurer un effet préventif vis-à-vis des métrites sans qu’un impact favorable sur la fonction reproductrice ne semble devoir en découler.

Des mesures préventives hygiéniques et nutritionnelles devraient pouvoir réduire l’incidence de la rétention placentaire mais les preuves expérimentales démontrant l’impact réel de ces mesures restent à déterminer. L’apport de vitamine E et de sélénium chez les animaux carencés pourrait être utile.

Quelques réflexions du CBIP

L’article repris dans cette rubrique est une synthèse narrative rédigée par un groupe d’auteurs fournissant un travail de résumé de leurs lectures et livrant les conclusions qui, sur cette base, leur semblent les plus pertinentes. Les données scientifiques concernant la prévention et le traitement de la rétention placentaire chez les bovins ont été examinées.

En premier lieu, il apparaît que le nombre des études plaidant en faveur de l'efficacité de certains traitements et citées dans cette synthèse de Beagley et al. reste malheureusement encore limité. Par conséquent, les preuves scientifiques disponibles à ce jour sont à considérer comme des éléments préliminaires qui ne peuvent pas être directement extrapolés à d’autres situations que celles décrites dans les études citées. Elles méritent d’être confirmées, de manière spécifique, pour chaque médicament mis sur le marché ou en cours d'enregistrement et dont certaines indications sont, parfois, en totale contradiction avec les connaissances scientifiques accessibles dans la littérature. En cas d'usage hors-notice, les éléments de preuves disponibles dans la littérature sont indispensables aux praticiens pour assumer leurs responsabilités.

Le second intérêt de cette synthèse est de mettre en évidence l'absence de preuves d’efficacité de certains traitements. Ce constat remet en question bon nombre de pratiques pourtant encore souvent observées dans les élevages. En accord avec les auteurs, on peut estimer que beaucoup de traitements sont davantage basés sur la tradition que sur des preuves. Certaines thérapies courantes ont pu être intégrées, par le passé, dans les habitudes des praticiens sur base de données bibliographiques obsolètes ou de pratiques non fondées qui mériteraient d'être confirmées ou invalidées par des études cliniques répondant aux exigences de l'Evidence Based Medicine (EBM).


  1. le fait qu’un principe actif ait été évalué de manière spécifique et soit cité explicitement par les auteurs de cette synthèse ne permet aucune extrapolation quant à l’efficacité de ces mêmes principes actifs entrant dans la composition de divers médicaments disponibles sur le marché belge. Pour mémoire, les indications d’un médicament à usage vétérinaire ne sont reconnues que sur base d’essais cliniques réalisés avec la spécialité visée dans des conditions d’utilisation respectant les recommandations figurant dans le Résumé des Caractéristiques des Produits (RCP). Ces informations sont néanmoins indispensables pour guider les praticiens dans l'application du système de la cascade thérapeutique qui engage directement leur responsabilité.