Message-clé
- En Belgique, seuls le méloxicam et le robénacoxib oraux sont indiqués pour un traitement à long terme chez le chat (troubles musculo-squelettiques chroniques).
- La dose efficace la plus faible doit être privilégiée.
- L’usage concomitant de corticostéroïdes ou d’autres AINS est contre-indiqué.
- En cas de changement d’AINS, une période de transition (sans administration d’AINS), qui dépendra du temps de demi-vie du médicament, doit être observée.
- L’incidence des effets indésirables lors d’un traitement à long terme aux AINS reste inconnue.
- Il existe peu de preuves scientifiques concernant l’usage à long terme des AINS chez les chats atteints de maladie rénale chronique. Une maladie rénale de stade IRIS 4 et/ou progressive/instable reste une contre-indication.
Introduction
L’International Society of Feline Medicine (ISFM) et l’American Association of Feline Practitioners (AAFP) ont récemment publié des lignes directrices visant à fournir aux praticiens des informations consensuelles et des conseils quant à l’utilisation à long terme des AINS pour traiter les douleurs chroniques chez le chat.
Les AINS comptent parmi les analgésiques les plus utilisés en médecine vétérinaire. Chez le chat, leur usage à long terme se justifie notamment en cas d’ostéo-arthrite, la cause la plus commune de douleur chronique chez cette espèce. C’est pour cette indication que l’usage des AINS est le mieux étudié. Dans le cas d’autres affections chroniques (ex. gingivostomatite), la littérature scientifique reste très limitée.
En Belgique, seuls les médicaments vétérinaires à base de méloxicam et de robénacoxib à administrer oralement sont indiqués pour un usage à long terme, pour le « traitement des troubles musculo-squelettiques chroniques ».
En pratique
Avant d'instaurer le traitement
Avant d’instaurer un traitement à long terme aux AINS, plusieurs éléments doivent être considérés :
- S’assurer que le chat souffre effectivement de douleurs chroniques (prise en compte des signes comportementaux, examen physique).
- Examen physique approfondi (poids, hydratation, condition physique, pression artérielle…), complété par des analyses en laboratoire (hématocrite, densité urinaire spécifique, profil chimique sérique), afin, notamment, de déceler d’éventuelles contre-indications (voir Tableau 1).

- Choix du médicament : méloxicam ou robénacoxib oral.
- Sous forme de suspension (méloxicam) ou de comprimés (méloxicam, robénacoxib).
- Choix selon la disponibilité, la palatabilité et les préférences en termes de formulation. Un médicament sous forme de suspension sera potentiellement plus facile à administrer au chat qu’un comprimé. Actuellement, il n’existe pas d’étude comparant l’efficacité et la sécurité de ces deux substances dans le cadre d’un usage prolongé.
- Posologie : celle du RCP/notice.
Pendant le traitement
Les auteurs des lignes directrices donnent plusieurs conseils pratiques à suivre au cours du traitement, notamment :
- Déterminer la dose efficace la plus faible afin de limiter les effets indésirables, notamment chez les chats atteints de maladie rénale chronique (voir ci-dessous « Et en cas de maladie rénale chronique ? »).
- En cas de changement d’AINS, observer une période de transition (sans administration d’AINS), qui dépendra du temps de demi-vie du médicament.
- Assurer un suivi régulier (pas d’indication sur la fréquence dans les lignes directrices) afin de surveiller la réponse clinique du chat au traitement. Des échelles de mesure de la douleur (FMPI, CSOMf, MI-CAT(C)) devraient être utilisées, afin d’établir un score de douleur objectif et de pouvoir suivre son évolution dans le temps.
- Surveiller l’apparition d’effets indésirables (ex. anorexie, vomissements, troubles rénaux, élévation des enzymes hépatiques, troubles de la coagulation, …). Leur incidence reste cependant inconnue dans la grande majorité des cas.
- Utiliser aussi des méthodes non médicamenteuses (ex. rampes pour faciliter l’accès aux lieux de repos) et impliquer le propriétaire dans le processus de soin (évaluation de l’efficacité du traitement, surveillance des effets indésirables, etc).
Et en cas de maladie rénale chronique ?
Selon les auteurs des lignes directrices, il y a actuellement peu de preuves scientifiques concernant l’usage à long terme des AINS chez les chats atteints de maladie rénale chronique.
En cas d’utilisation d’AINS chez ces animaux, des contrôles de routine réguliers sont nécessaires afin de déterminer la dose efficace la plus faible possible, d’identifier de potentiels effets indésirables et de surveiller l’état d’avancement de la maladie rénale.
En cas de doute, d’autres analgésiques (appartenant à d’autres familles pharmacologiques) doivent être envisagés (voir aussi article Folia de 2019).
Commentaire du CBIP
Bien que présentant certaines faiblesses méthodologiques, ces lignes directrices ont pour avantage d’aider le vétérinaire dans sa prise de décision lors d’un traitement prolongé aux AINS en cas de douleur chronique chez le chat (ostéo-arthrite). Elles fournissent une information consensuelle et des conseils quant à l’usage approprié de ces analgésiques très couramment utilisés en médecine vétérinaire.
L’examen de chaque patient avant l’instauration d’un traitement demeure la responsabilité du vétérinaire. En raison des risques de toxicité, il reste important de rappeler aux propriétaires que l’usage d’analgésiques à usage humain (ex. paracétamol) chez leur chat est interdit (voir aussi cet article Folia de 2020).
Les lignes directrices soulignent également le fait que les preuves scientifiques sur le sujet sont encore limitées.
A propos des lignes directrices
Ces guidelines ont été conçues par un panel d’experts de l’ISFM et de l’AAFP, qui se basent sur la littérature scientifique disponible, des opinions d’experts et leur propre expérience.
Elles présentent certaines limites :
- La littérature scientifique traitant de l’usage à long terme des AINS chez le chat reste limitée.
- Ces lignes directrices se présentent sous forme d’une synthèse narrative, moins robuste qu’une revue systématique, ce qui nuit à la transparence et à la vérification de la validité des preuves scientifiques. Par ailleurs, la méthodologie utilisée pour rédiger ces lignes directrices (critères d’inclusion des études sélectionnées, bases de données consultées, nombre d’études sélectionnées…) n’est pas précisée.
- Les membres du panel ont reçu un support financier de firmes pharmaceutiques produisant des AINS pour le chat. Ils affirment cependant qu’il n’y a aucun conflit d’intérêt direct lié à ces lignes directrices.
Source
Taylor, S., Gruen, M., KuKanich, K., X Lascelles, B. D., Monteiro, B. P., Sampietro, L. R., ... & Steagall, P. V. (2024). 2024 ISFM and AAFP consensus guidelines on the long-term use of NSAIDs in cats. Journal of Feline Medicine and Surgery, 26(4), 1098612X241241951.