Folia Veterinaria

Médicaments anti-épileptiques chez le chat : efficacité et sécurité

datum publicatie: 09-07-2018
Espèce cible
chat
Indication
épilepsie
Substance active
diazépam
phénobarbital
imépitoïne
bromure de potassium
Sujets
Synthèse méthodique
Epilepsie

Systematic review of antiepileptic drugs’ safety and effectiveness in feline epilepsy.
Charalambous M, Pakozdy A, Bhatti SFM, Volk HA. - BMC Veterinary Research 2018; 14:64.

L’épilepsie n'est pas une maladie rare chez le chat. Il a été estimé que 0,5 à 3,5 % de la population féline répertoriée dans un hôpital de référence présentait des manifestations épileptiques (Pakozdy et al., 2010) et que 21 à 59 % des animaux présentant des crises récurrentes sont atteints d’épilepsie idiopathique (Schriefl et al., 2008).

Charalambous et al. (2018) ont donc réalisé une review systématique des études testant l’efficacité et la sécurité des médicaments anti-épileptiques chez le chat.

Pour ce travail de revue, 40 études, publiées entre 1973 et 2017, regroupant différentes races félines et traitant chacune d'un ou plusieurs médicaments épileptiques, ont été sélectionnées et analysées. L’efficacité et la sécurité de différents médicaments (phénobarbital, bromure de potassium, lévétiracétam, imépitoïne, diazépam, primidone, phénytoïne, zonisamide, prégabaline et acide valproïque) ont été évaluées.

Concernant l’efficacité de ces médicaments, Charalambous et al. (2018) ont montré que le phénobarbital pouvait être considéré comme le plus efficace, suivi du lévétiracétam et du bromure de potassium, ensuite de l’imépitoïne et du diazépam et enfin du zonisamide, de la primidone et de la phénytoïne (voir Figure 1). Toutefois, ces résultats ne sont supportés que par un faible niveau d’évidence en raison du petit nombre d’études et de patients impliqués. L’étude n’a pas été en mesure de démontrer l’efficacité de la prégabaline et de l’acide valproïque.

Efficacité des médicaments anti-épileptiques

Figure 1 : Pyramide hiérarchique de l’efficacité des médicaments anti-épileptiques (d’après 'Fig. 5 Pyramid of AED's efficacy hierarchy based on the quality of evidence and outcomes assesement', Charalambous et al., 2018).

Concernant la sécurité, l’imépitoïne a été considérée comme étant la plus sûre, suivie du lévétiracétam et du phénobarbital, puis du zonisamide et de la prégabaline, de la primidone, de la phénytoïne et de l’acide valproïque et enfin du bromure de potassium et du diazépam (voir Figure 2). Ces résultats ne sont également supportés que par un faible niveau d’évidence, à l’exception de l’imépitoïne qui bénéficie d'un bon niveau de preuve.

Sécurité des médicaments anti-épileptiques

Figure 2 : Pyramide hiérarchique de la sécurité des médicaments anti-épileptiques (d’après 'Fig. 6 Pyramid of AEDs’ safety hierarchy based on the quality of evidence and outcomes assessment', Charalambous et al., 2018).

L’utilisation de bromure de potassium et de diazépam a été accompagnée d'effets secondaires non dose-dépendants importants et fréquents ainsi que, dans le cas du diazépam, potentiellement mortels (effets d’ordre gastro-intestinal). Cela tendrait à montrer que les effets secondaires de ces deux substances dépendraient de l’espèce et non des individus.

La présente étude n’a pas permis de comparer statistiquement les différentes substances et donc de définir quel médicament pourrait être choisi en premier ou second choix à la fois en termes d’efficacité et de sécurité. Cependant, si l’on considère séparément ces deux facteurs, on peut retenir d’une part le phénobarbital (efficacité) et d’autre part l’imépitoïne et le lévétiracétam (sécurité) pour une monothérapie. Il est à noter que l’utilisation de phénobarbital n’a pas montré d’effets secondaires fréquents et qu’il pourrait donc constituer le choix le plus approprié pour les chats ne présentant pas de maladie hépatique pré-existante. L’imépitoïne et le lévétiracétam pourraient, quant à eux, être de bonnes alternatives pour une monothérapie en cas de réaction indésirable au phénobarbital. Le lévétiracétam peut également être considéré comme monothérapie pour certains phénotypes d’épilepsie, tels que l’épilepsie myoclonique chez les chats âgés. Ces trois médicaments et, dans une moindre mesure, le zonisamide peuvent également être considérés en tant que médication d’appoint si le premier traitement choisi ne suffit pas à contrôler les crises.

Par contre, le bromure de potassium ne devrait être utilisé qu’en tant que médicament d’appoint, en dernier ressort et avec le consentement du propriétaire. L’animal devrait être surveillé étroitement afin de déceler les éventuels effets secondaires. Quant au diazépam, il pourrait ne pas constituer un traitement approprié en raison du manque de références adéquates concernant son efficacité et la possibilité d’effets secondaires sévères voire potentiellement mortels. Il est important de souligner que ces recommandations sont faites sur base de la littérature existante et qu’il reste important de tenir compte de la législation en vigueur avant de prescrire une médication.

Charalambous et al. (2018) indiquent également que d’autres substances, telles que la taurine, ont déjà été testées dans le cadre de la gestion des crises chez le chat mais que d’autres études sont nécessaires afin de démontrer leur efficacité.

 

Pour conclure, on peut retenir que le phénobarbital peut être utilisé en tant que médicament anti-épileptique de premier choix, suivi de l’imépitoïne et du lévétiracétam. Par contre, le diazépam est à éviter et le bromure de potassium ne doit être considéré qu’en dernier ressort. Toutefois, des études ultérieures concernant les traitements de l’épilepsie féline sont nécessaires afin d’établir des instructions précises sur l’efficacité et la sécurité des médicaments anti-épileptiques.

 

Commentaire de la rédaction du CBIPvet

Le traitement des chats épileptiques est différent de celui des chiens épileptiques en raison des divergences d’efficacité et de profils de sécurité des médicaments anti-épileptiques chez les deux espèces.

Seul le phénobarbital, l’imépitoïne et le bromure de potassium sont disponibles sur le marché en Belgique et sont, en tant qu’anti-épileptiques, exclusivement indiqués chez le chien. Le diazépam, qui ne retient pas l'attention pour le traitement de l'épilepsie féline, disponible pour les chiens et les chats comme médicament vétérinaire, n’est pas spécifiquement indiqué pour le traitement de l’épilepsie. Le lévétiracétam, la prégabaline et l’acide valproïque sont disponibles en Belgique exclusivement comme médicaments à usage humain.
L’administration ou la prescription de médicaments vétérinaires non indiqués pour le chat, mis sur le marché pour une autre indication ou destinés à la médecine humaine peuvent être mises en oeuvre conformément aux règles du système en cascade (AR 14/12/2006 art 230), en se rappelant que cela engage la responsabilité du vétérinaire, ce qui ne peut arriver qu'à la condition d'être correctement informé.

Bien qu’il faille tenir compte des biais limitant l'intérêt de la plupart des études sur lesquelles se base cette revue systématique, celle-ci offre au vétérinaire un aperçu de l'état des connaissances concernant le traitement de l’épilepsie chez le chat et lui donne la possibilité de faire un choix éclairé.

 


Bibliographie
  • Charalambous M, Pakozdy A, Bhatti SFM, Volk HA. Systematic review of antiepileptic drugs’ safety and effectiveness in feline epilepsy. BMC Veterinary Research 2018; 14:64.
  • Pakozdy A, Leschnik M, Sarchahi AA, Tichy AG, Thalhammer JG. Clinical comparison of primary versus secondary epilepsy in 125 cats. J Feline Med Surg. 2010; 12(12):910–6.
  • Schriefl S, Steinberg TA, Matiasek K, Ossig A, Fenske N, Fischer A. Etiologic classification of seizures, signalment, clinical signs, and outcome in cats with seizure disorders: 91 cases (2000-2004). J Am Vet Med Assoc. 2008; 233(10):1591–7.
  • AR 14/12/2006 relatif aux médicaments à usage humain et vétérinaire