Contexte
Le nombre d’animaux de compagnie augmente chaque année, ce qui, par conséquent, entraîne un usage accru d’ectoparasiticides, notamment contre les puces, les poux broyeurs et les tiques.
Toutefois, contrairement aux produits administrés aux animaux destinés à la consommation humaine, les études relatives à l’impact environnemental potentiel des médicaments destinés aux animaux de compagnie sont peu nombreuses (Diepens et al., 2023 ; Perkins et al., 2021). Lors de la demande d’Autorisation de Mise sur le Marché de tels produits, l’impact environnemental ne fait pas l’objet d’une évaluation approfondie en raison du caractère individuel des traitements des animaux.
L’exposition environnementale est dès lors considérée comme négligeable et le niveau de risque plus faible que celui lié aux traitements des animaux producteurs de denrées alimentaires (voir aussi « Ecotoxicité des médicaments vétérinaires : évaluation et gestion des risques pour l’environnement »). Cependant, dans le futur, il n’est pas exclu de donner une nouvelle priorité à cette problématique (Reflection paper du CVMP, 2021).
Chez les animaux de compagnie, les ectoparasiticides peuvent être appliqués sur la peau principalement via une application « spot-on », en spray ou par la mise en place de colliers. Ces substances actives exercent une action locale et/ou systémique selon le degré d’absorption transdermique propre à chaque produit administré.
Les principes actifs peuvent donc être présents sur la peau et la fourrure des animaux traités selon la cinétique d’absorption propre à chaque médicament. D’autres médicaments sont administrés par voie orale. Selon le degré d’absorption systémique, ils peuvent être éliminés par voie fécale et urinaire. Un transfert environnemental, par contact ou par excrétion, est donc possible, ce qui pourrait être dommageable pour plusieurs espèces d’invertébrés non visées par les produits (Whitehead, 2023 ; Perkins, 2021 ; Loeb, 2018).
Y a-t-il un risque de contamination environnementale ?
Une étude préliminaire de Diepens et al. (2023) a mesuré les concentrations de 4 ectoparasiticides (afoxolaner, fluralaner, fipronil et imidaclopride) dans les poils et l’urine de chiens de propriétaires, traités ou non avec un de ces principes actifs. Les résultats obtenus ont confirmé la présence de produits ectoparasiticides à la surface de la peau (poils) et dans l’urine des chiens, avec des concentrations élevées lorsque les animaux étaient traités avec les substances concernées. Une contamination des animaux non traités, d’origine environnementale, via des congénères traités ou par une autre voie, a également été mise en évidence, sans pouvoir en identifier les sources.
Les poils de chiens traités ou contaminés sont donc une source d’exposition environnementale potentielle. Ainsi, des poils contenant des ectoparasiticides ont déjà été retrouvés dans des nids de mésanges (Diepens et al., 2023 ; Guldemont et al., 2019). Cependant, aucun lien direct entre la présence de ces poils et la mortalité de jeunes mésanges n’a pu être établi.
De même, les chiens traités ou contaminés peuvent être une source de transfert d’ectoparasiticides dans l’environnement aquatique. Lors d’une expérience de baignade en piscine, Diepens et al. (2023) ont observé une contamination progressive de l’eau après le passage des chiens traités. Teerlinck et al. (2017) ont pu confirmer un passage du fipronil issu de « spot-on » dans les eaux usées urbaines, suite à la baignade de chiens traités.
Par ailleurs, Perkins et al. (2021) ont mesuré des concentrations élevées en fipronil et en imidaclopride dans les cours d’eau anglais, notamment directement en aval de stations d’épuration des eaux usées, ce qui pourrait indiquer une source de contamination d’origine urbaine, potentiellement due à l’usage d’ectoparasiticides chez les animaux de compagnie, sans pouvoir le confirmer. De plus amples informations sont nécessaires afin de mieux caractériser cette contamination des cours d’eau.
Selon le Reflection paper du CVMP (2021), les urines et matières fécales des animaux de compagnie traités ne représentent pas la voie la plus importante de contamination car la plupart des substances actives à action locale sont faiblement absorbées. De plus, les fèces peuvent être collectées par les propriétaires.
Conclusions du CBIP
Ces données préliminaires de sensibilisation à cette problématique indiquent que :
- Les animaux de compagnie, notamment les chiens, traités directement avec des ectoparasiticides sous forme topique ou systémique ou contaminés par d’autres sources, peuvent exposer leur environnement, direct ou indirect, à ces substances.
- Le risque environnemental lié à cette exposition demande, pour être évalué, la réalisation d’études plus poussées.
Une piste de réflexion serait de ne traiter les animaux de compagnie que lors des périodes où les infestations parasitaires sont les plus fréquentes (Whitehead, 2023).
Le respect des recommandations formulées dans les notices dans la rubrique « Précautions particulières d’emploi » (élimination des emballages, baignades, etc) est essentiel pour la gestion des risques, notamment environnementaux. Ces précautions devraient être rappelées aux propriétaires lors de la délivrance d’un produit ectoparasiticide.
Au Royaume Uni, la British Veterinary Association (BVA), la British Small Animal Veterinary Association (BSAVA) et la British Veterinary Zoological Society (BVZS) ont rédigé une série de recommandations à destination des vétérinaires afin d’encourager les propriétaires d’animaux à utiliser les antiparasitaires de manière responsable.
Rappelons également que les produits à usage topique présentent un risque d’exposition pour les personnes en contact avec les animaux traités. Bien que ce risque soit pris en compte lors de la mise sur le marché des médicaments, il peut encore être réduit en limitant les contacts directs avec l’animal (voir « Précautions particulières à prendre par la personne qui administre le médicament vétérinaire aux animaux »).
Si vous constatez un effet indésirable chez l’homme, un animal ou dans l’environnement après utilisation d’un médicament à usage vétérinaire ou humain, vous pouvez le signaler au titulaire d’autorisation du médicament (vétérinaire) ou à l’AFMPS.
Vous pouvez toujours utiliser le lien ‘Notifier un effet indésirable’ au bas de chaque page de ce site web.
Bibliographie
- Diepens, N. J., Belgers, D., Buijse, L., & Roessink, I. (2023). Pet dogs transfer veterinary medicines to the environment. Science of the Total Environment, 858, 159550.
- Guldemond, A., Gommer, R., Leendertse, P., van Oers, K., 2019. Koolmezensterfte en buxusmotbestrijding.
- Loeb, J. (2018). Are spot-ons damaging the environment? Vet Rec, 83, 490.
- Perkins, R., Whitehead, M., Civil, W., & Goulson, D. (2021). Potential role of veterinary flea products in widespread pesticide contamination of English rivers. Science of The Total Environment, 755, 143560.
- Teerlink, J., Hernandez, J., & Budd, R. (2017). Fipronil washoff to municipal wastewater from dogs treated with spot-on products. Science of the Total Environment, 599, 960-966.
- Whitehead, M. (2023). Spot‐on thinking about parasite control. Veterinary Record, 192, 3-4.
- BVA, BSAVA and BVZS policy position on responsible use of parasiticides for cats and dogs (September 2021)
- Reflection paper on the environmental risk assessment of ectoparasiticidal veterinary medicinal products used in cats and dogs (EMA/CVMP/ERA/31905/2021)