En Belgique, un certain nombre de médicaments antipuces ne sont pas soumis à prescription et peuvent donc être délivrés en officine, à la demande des propriétaires. Le pharmacien doit guider le choix sur base de critères d’efficacité et de sécurité.
Le choix d’un médicament antipuces n’est pas le résultat du hasard. Certains produits, en vente libre dans le circuit commercial, n’ont pas le statut légal de « médicament » et ne sont donc pas soumis à des critères d’efficacité comme ceux appliqués aux médicaments fournis par un vétérinaire ou délivrés en officine. Pour guider le propriétaire de l’animal dans son libre choix de médicaments non soumis à prescription, le pharmacien d’officine doit pouvoir le conseiller en fonction de différents critères d’efficacité et de sécurité, commentés dans cet article.
Principes actifs : deux stratégies thérapeutiques différentes
Les produits anti-puces agissent de différentes manières pour éliminer les puces et prévenir leur réinfestation. Les informations détaillées relatives à chaque catégorie de principes actifs disponibles en Belgique sont accessibles en ligne.
On distingue deux catégories de principes actifs selon le mécanisme d'action :
- Adulticides (tigolaner, pyriprole, imidaclopride, fipronil, pyréthrinoïdes, inhibiteurs de cholinestérases, isoxazolines, dinotéfurane, lactones macrocycliques) : les adulticides agissent en perturbant le système nerveux de la puce, ce qui entraîne sa paralysie et sa mort.
- Inhibiteurs de croissance des insectes (S-méthoprène, pyriproxyfène, lufénuron) : les inhibiteurs de croissance des insectes (ICI) empêchent le développement normal des œufs et des larves de puces en perturbant la formation de la chitine, une substance qui constitue l'exosquelette des insectes ou en bloquant la croissance via une action hormonale (hormone juvénile). Les ICI sont souvent utilisés en combinaison avec des insecticides pour une efficacité maximale.
Des répulsifs contre les tiques sont également disponibles dans le commerce sous le statut de biocides, des produits mis sur le marché en fonction de critères de sécurité et d’efficacité vis-à-vis des organismes nuisibles, contrairement aux médicaments dont l’efficacité clinique vis-à-vis des pathologies animales doit être prouvée par des essais contrôlés. La liste des produits disponibles est accessible en ligne (voir aussi AR du 4 avril 2019, art. 5.2).
Il est important de choisir un produit antipuces en fonction du mode d'action qui convient le mieux à l’animal de compagnie cible, en tenant compte notamment de ses particularités physiologiques (âge/poids, gestation, lactation…), de son mode de vie, de ses éventuelles allergies ou intolérances, des risques pour les personnes en contact avec l’animal et pour l’environnement.
Le spectre potentiel de ces principes actifs ainsi que leurs propriétés principales sont disponibles dans le Tableau 1.
Il est à noter que la seule présence d’un principe actif dans un médicament ne permet pas de préjuger de son spectre d’action sur les puces, les tiques, les poux et les acariens, qui dépend notamment de la concentration en principes actifs, de son mode d’administration.
Par ailleurs, certains médicaments associent plusieurs principes actifs pour élargir le spectre d’action aux parasites internes. Il convient donc que les vétérinaires et les pharmaciens consultent les Résumés des Caractéristiques des Produits (RCP)/notices, propre à chaque médicament, soumis ou non à prescription, pour établir un choix raisonné.
Adapter la stratégie thérapeutique au cycle de la puce
Le cycle de vie de la puce comprend quatre stades distincts : l'œuf, la larve, la nymphe et l'adulte (Figure 1).

Figure 1. Le cycle de vie de la puce
La pyramide des stades de développement de la puce est une représentation visuelle du cycle de vie de la puce, qui montre la proportion de puces à chaque stade de développement dans un environnement donné. Cette pyramide est souvent utilisée pour illustrer la complexité de la lutte contre les infestations de puces.
La pyramide des stades de développement de la puce se compose de quatre niveaux, correspondant aux quatre stades de développement de la puce (Figure 2).

Figure 2. La pyramide des stades du développement de la puce.
La pyramide des stades de développement de la puce souligne l'importance de traiter l'environnement, directement ou indirectement, ainsi que l'animal affecté, pour éliminer efficacement les puces.
Les œufs, les larves et les nymphes peuvent se cacher dans les tapis, les meubles, les fissures et les crevasses de l'environnement de l'animal, ce qui rend leur éradication plus difficile.
Il est donc recommandé de nettoyer soigneusement l'environnement de l'animal affecté, en passant l'aspirateur régulièrement, sans oublier d’éliminer ou de déparasiter les sacs d’aspiration et en lavant les literies et les tapis.
En cas de fortes infestations, les biocides antipuces, tels que les sprays et les bombes insecticides vendues dans les drogueries et les officines, peuvent également être utilisés pour éliminer les puces dans les zones de l'environnement où l'aspirateur ne peut pas les atteindre. Il est important de rappeler que ces produits ne peuvent être appliqués sur les animaux. Certains médicaments appliqués sur l’animal peuvent exercer un double effet, à savoir : adulticide sur les puces localisées sur l’animal et ovicide/larvicide via la contamination des poils et des squames chargées en principes actifs et déposées par l’animal dans son environnement.
Certains médicaments n’exercent qu’un effet inhibiteur sur la croissance larvaire, sans conséquence sur les formes adultes, en empoisonnant les œufs des puces adultes exposées sur l’animal (voir "Tableau récapitulatif des antiparasitaires topiques à usage cutané comme pour-on, spot-on, collier, spray").
La stratégie thérapeutique à mettre en œuvre dépend du niveau d’infestation du milieu, des sources de recontamination et du mode de vie de l’animal. L’allergie à la salive de puces est aussi à prendre en compte ainsi que le polyparasitisme éventuel. Un diagnostic par un vétérinaire est par conséquent souvent nécessaire pour pouvoir exclure d’autres pathologies et intégrer tous ces facteurs dans un choix thérapeutique raisonné visant à optimiser l’efficacité des médicaments prescrits. La seule présence, avérée ou supposée, des puces est un critère réducteur qui peut conduire à délivrer des médicaments non soumis à prescription inefficaces en raison d’une inadéquation avec la situation. Par exemple, un inhibiteur de croissance larvaire sera insuffisant si le milieu est sans cesse réinfesté par l’animal lui-même en fonction de ses sorties hors de la maison. En revanche, ce principe actif peut s’avérer suffisant en milieu « fermé » et peu infesté. Un produit adulticide peut éventuellement compléter l’effet des inhibiteurs de croissance selon les circonstances.
Formes pharmaceutiques : analyse bénéfices/risques en fonction des critères pharmacocinétiques
En Belgique, il existe plusieurs types de médicaments antipuces pour chiens et chats disponibles en pharmacie. Leurs caractéristiques générales sont résumées ci-dessous. Elles conditionnent la vitesse d’action du médicament, la durée de l’efficacité et les risques pour l’animal, ses congénères, le soignant et les membres de la famille. Le risque environnemental est à prendre en compte.
L’observance du propriétaire par rapport à la forme galénique du produit proposé est aussi un élément capital à prendre en compte. Le manque d’observance est une cause majeure d’inefficacité avant la résistance des parasites (Dijksman, 2015 ; Rust, 2016 ; Hodoul, 2019). Des résistances aux carbamates, organophosphorés et pyréthrinoïdes ont été signalées avec une fréquence variable selon les études et les régions. D’autres molécules, maintenant déjà anciennes, comme par exemple le fipronil et l’imidaclopride peuvent aussi être visées par une réduction de la sensibilité des parasites. Des études systématiques et approfondies sont nécessaires pour identifier les mécanismes en cause, le degré de résistance ainsi que la fréquence et les répartitions géographiques. Pratiquement, dans les conditions de terrain, ce n’est qu’après avoir vérifié la bonne observance du propriétaire qu’un phénomène de résistance partielle ou totale peut être suspecté conduisant à changer le principe actif.
Il est important de suivre les instructions d’utilisation des produits, notamment en ce qui concerne la quantité à administrer et la fréquence des administrations. Il est obligatoire de ne pas utiliser les médicaments conçus pour les chiens chez le chat et inversement ainsi que de respecter la taille et le poids des animaux. Il en est de même pour d’autres espèces (furet, lapin, volailles…). D’une manière générale, l’efficacité des diverses formes galéniques est similaire étant donné les critères d’efficacité à rencontrer pour obtenir une AMM (Tableau 2). Le spectre est toutefois propre à chaque médicament ainsi que la durée d’activité (cf. ci-dessus).
La prescription médicale : une protection pour la santé animale, humaine et environnementale
Il est important de noter que certains de ces produits nécessitent une ordonnance vétérinaire, en fonction de leur ingrédient actif, de leur dosage, de l’ancienneté sur le marché vétérinaire et des risques particuliers à identifier par un vétérinaire avant l’administration du médicament ou de la nécessité d’un diagnostic préalable (allergie aux piqûres de puces). Il est donc indispensable de respecter ces prescrits légaux. Des accidents graves et parfois mortels ont été répertoriés suite à des fautes professionnelles liées au non-respect de cette règle de base. Les effets indésirables et toxiques des divers principes actifs sont résumés dans les commentaires du Répertoire commenté des médicaments à usage vétérinaire. La liste mise à jour des médicaments non soumis à prescription est consultable en ligne.
Parfois, ce qui peut paraître une erreur administrative est la conséquence d’un niveau de risque différent. Ainsi, le Milbemax® comprimés pour chien, un médicament actif contre certains cestodes et trématodes, ne peut être administré à des animaux porteurs de microfilaires dans le sang. En raison de ce risque, il est soumis à prescription. Le chat n’étant pas porteur de ce parasite, les comprimés pour chat ne sont pas soumis à prescription. Il serait trop long de dresser une liste exhaustive des risques associés à chaque médicament dans cet article. De manière pragmatique et par professionalisme, il suffit de respecter le principe de mise sous prescription médicale.
Le cas particulier des allergies aux piqûres de puces
Les animaux peuvent développer des allergies cutanées à la salive de puce, injectée au moment du repas sanguin. Cette pathologie nécessite un diagnostic et une prise en charge spécifique par le médecin vétérinaire. Selon le médicament choisi, les modalités d’utilisation à expliquer aux propriétaires sont reprises dans les RCP.
Les conseils à donner avant de délivrer un médicament antipuces non soumis à prescription
Prenant en compte l’ensemble des critères repris ci-dessus, les conseils suivants doivent être fournis au propriétaire de l’animal :
- Demandez au client s'il a déjà utilisé un traitement antipuces auparavant et si l’animal (ou lui-même) est allergique à l'un des ingrédients du médicament.
- Assurez-vous que le médicament antipuces convient à l'espèce de l'animal (chat ou chien) en tenant compte des autres espèces animales présentes dans la maison.
- Demandez le poids et l’âge de l'animal pour déterminer la dose correcte du médicament.
- Expliquez au client comment administrer le médicament, y compris la posologie et la durée du traitement.
- Conseillez au client de suivre les instructions du médicament à la lettre et de ne pas dépasser la dose recommandée.
- Informez le client que le médicament antipuces peut avoir des effets indésirables chez l’animal et que s'il remarque des signes de réaction allergique ou tout autre effet indésirable, il doit arrêter immédiatement le traitement et consulter un vétérinaire.
- Informez le client que le médicament antipuces peut également avoir des effets indésirables chez l’homme et qu’il convient donc de respecter les précautions d’usage indiquées dans la notice.
- Séparez les animaux traités des animaux non traités lorsque des sprays ou des spot-on sont administrés. Les personnes, en particulier les enfants, doivent éviter tout contact étroit avec l’animal tant que le site d’administration est humide.
- Les bains et baignades fréquents peuvent altérer l’efficacité du traitement (lessivage du produit).
- Rappeler au client que le traitement antipuces ne doit pas être interrompu même si les symptômes de l’infestation de puces ont disparu et que le traitement doit être poursuivi jusqu'à la fin pour prévenir une réinfestation.
- Conseillez également au client de traiter l'environnement de l'animal (lit, tapis, canapé, etc.) pour éliminer les puces et éviter une réinfestation.
- Expliquez que les produits antipuces sont souvent vendus en différents formats (pipettes, spray, colliers, comprimés, shampooings) et que certains produits sont spécifiquement conçus pour un type d'animal ou d’environnement particulier.
- Rappeler au client que le médicament antipuces doit être conservé hors de portée des enfants et des autres animaux de compagnie.
Pour aller plus loin
- Dijksman, N (2015). Bestrijding van vlooien bij hond en kat. Mémoire : 2014-2015.
- Hodoul, J. (2019). Etude bibliographique de la resistance des puces aux antiparasitaires utilisés en médecine vétérinaire. Thèse : 2019 – TOU 3 – 4099.
- Jacobs, D., Fox, M., Gibbons, L., & Hermosilla, C. (2015). Principles of veterinary parasitology. John Wiley & Sons.
- Marsella, R. (1999). Advances in flea control. Veterinary Clinics of North America: Small Animal Practice, 29(6), 1407-1424.
- Riviere, J. E., & Papich, M. G. (Eds.). (2018). Veterinary pharmacology and therapeutics. John Wiley & Sons.
- Rust, M. K. (2005). Advances in the control of Ctenocephalides felis (cat flea) on cats and dogs. TRENDS in Parasitology, 21(5), 232-236.
- Rust, M. K. (2016). Insecticide resistance in fleas. Insects, 7(1), 10.
- Rust, M. K. (2020). Recent advancements in the control of cat fleas. Insects, 11(10), 668.
- Wismer, T., & Means, C. (2018). Toxicology of newer insecticides in small animals. Veterinary Clinics: Small Animal Practice, 48(6), 1013-1026.